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		<title>Pour une &#233;ducation citoyenne : d&#233;fendre les sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e, par St&#233;phane Beaud et Bertrand Geay</title>
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		<description>Pour une &#233;ducation citoyenne : d&#233;fendre les sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e Pour une &#233;ducation citoyenne :d&#233;fendre les sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e Texte r&#233;dig&#233; parSt&#233;phane Beaud et Bertrand Geaypour l'Association Fran&#231;aise de SociologieCe texte a &#233;t&#233; adopt&#233; par le comit&#233; ex&#233;cutif de l'AFS La fili&#232;re de sciences &#233;conomiques et sociales de lyc&#233;e se trouve aujourd'hui fort menac&#233;e par le projet de r&#233;forme Fillon. Avec la marginalisation de l'option SES en classe de seconde (soit 2H et (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Soutenir les Sciences Economiques et Sociales&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;association,fran&#231;aise,sociologie,Bertaux,Geay,Beaud&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Bertaux,Geay,Beaud&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;Pour une &#233;ducation citoyenne : d&#233;fendre les sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;p ALIGN=&quot;center&quot;&gt;&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;FONT SIZE=5&gt;Pour une &#233;ducation citoyenne :&lt;BR&gt;d&#233;fendre les sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e&lt;/FONT&gt;&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;FONT SIZE=4&gt;Texte r&#233;dig&#233; par&lt;BR&gt;&lt;B&gt;St&#233;phane Beaud et Bertrand Geay&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;pour l'Association Fran&#231;aise de Sociologie&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;Ce texte a &#233;t&#233; adopt&#233; par le comit&#233; ex&#233;cutif de l'AFS&lt;/FONT&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;p&gt;La fili&#232;re de sciences &#233;conomiques et sociales de lyc&#233;e se trouve aujourd'hui fort menac&#233;e par le projet de r&#233;forme Fillon. Avec la marginalisation de l'option SES en classe de seconde (soit 2H et demie d'enseignement hebdomadaire &#224; 240 000 &#233;l&#232;ves), et la suppression des d&#233;doublements de classe dans cette mati&#232;re, se confirme la volont&#233; d'en finir avec un enseignement qui a pourtant fait ses preuves et constitue un outil exemplaire dans l'apprentissage de la citoyennet&#233;.&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;1. La n&#233;cessit&#233; d'apprendre la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; Plus que jamais, il convient d'affirmer haut et fort la n&#233;cessit&#233; pour l'Ecole d'apprendre aux nouvelles g&#233;n&#233;rations les diverses mani&#232;res de d&#233;chiffrer le monde contemporain. Les &#233;l&#232;ves sont en effet confront&#233;s &#224; une multiplicit&#233; d'informations, aux strat&#233;gies de manipulation et de d&#233;sinformation. La presse passe de plus en plus sous la d&#233;pendance de grands groupes d'information (Fox News qui a fait la campagne de G. W. Bush aux Etats-Unis ; Socpresse en France). Lorsque Serge Dassault d&#233;clare &#224; France Inter qu'il souhaite que &quot;ses&quot; journalistes se soucient des &quot;informations saines&quot; (l'expression est de son cru) ou que le PDG de TF1 (Patrick Le Lay) &#233;crit dans son livre que l'objectif ultime des programmes de TF1, c'est de &quot;vendre du temps de cerveau humain disponible&quot; aux annonceurs et donc aux entreprises, un des r&#244;les majeurs de l'&#233;cole r&#233;publicaine, et notamment des SES, n'est-il pas d'offrir une sorte d'alternative minimale, quelques moyens de r&#233;sister &#224; ces tr&#232;s puissants conditionnements m&#233;diatiques ? Face &#224; la surabondance de l'offre informationnelle, &#224; sa segmentation par &#226;ges, les SES enseignent par exemple aux lyc&#233;ens &#224; d&#233;crypter l'information, &#224; trier, classer et hi&#233;rarchiser les donn&#233;es disponibles en vrac sur Internet. Cet enseignement peut et doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un enjeu essentiel de la formation intellectuelle et pratique des jeunes dans toute d&#233;mocratie, une action majeure de formation des futurs citoyens. En ce sens, comme l'histoire, l'enseignement des SES est enracin&#233; dans &quot;le&quot; politique, au sens noble du terme.&lt;BR&gt; On peut aussi concevoir une dimension plus ambitieuse de l'enseignement des sciences sociales au lyc&#233;e qui int&#232;gre, par exemple, l'apprentissage des principes fondateurs de la d&#233;mocratie sur un mode qui soit moins formaliste que d'ordinaire, en examinant comment le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s tend &#224; stigmatiser les minorit&#233;s et comment, &#224; l'inverse, l'&#233;galisation des statuts est une condition de la d&#233;mocratie, comme le montre la comparaison internationale. En r&#233;fl&#233;chissant aussi &#224; la nature des pouvoirs en concurrence dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines, &#224; leurs jeux en concurrence et aux enjeux consid&#233;rables pour tous, de ces &quot;jeux&quot; politiques. Avantage ind&#233;niable de ce type d'enseignement : il permet aux &#233;l&#232;ves d'analyser ces pouvoirs de fa&#231;on concr&#232;te, comme un ensemble de relations sociales, de distributions de ressources. Apprendre tout cela entre 15 et 18 ans doit faire partir d'un cursus de lyc&#233;en fran&#231;ais du XXI si&#232;cle ! Mieux, il faudrait que ce type d'enseignement ne soit pas r&#233;serv&#233; aux seuls &#233;l&#232;ves de la fili&#232;re ES, mais au contraire g&#233;n&#233;ralis&#233;. Il en va de l'avenir de la participation inform&#233;e &#224; la vie d&#233;mocratique de notre pays. Une option SES serait, par exemple, fort utile aux futurs &#233;l&#232;ves des classes pr&#233;paratoires. &lt;BR&gt; Car aujourd'hui, parmi toutes les disciplines enseign&#233;es dans le second cycle, ce sont les sciences sociales qui permettent le mieux de comprendre les dynamiques des soci&#233;t&#233;s et du monde contemporain: les rapports et processus &#233;conomiques, politiques, sociaux; les cadres juridiques et &quot;soci&#233;taux&quot;; l'histoire des peuples et des Etats, les espaces de l'Europe et du monde; la grande diversit&#233; des cultures, et la dignit&#233; intrins&#232;que de chacune. C'est ainsi, et &#224; travers des &#233;l&#233;ments de raisonnement philosophique - qui enseignent l'esprit critique - que l'on forme des citoyens inform&#233;s, des individus qui ont conscience de faire partie d'ensembles plus vastes et apprennent &#224; respecter le bien public. La sociologie, au sens large qui inclut la d&#233;mographie, et l'&#233;conomie, constituent les points d'ancrage indispensables d'un tel enseignement, aux c&#244;t&#233;s de l'histoire, de la g&#233;ographie et de la philosophie.&lt;BR&gt; Il ne s'agit pas principalement de tenter d'accumuler les savoirs dans l'esprit des &#233;l&#232;ves; mais plut&#244;t de former leur regard. C'est ce que font les SES telles qu'elles sont actuellement enseign&#233;es, &#224; la suite d'une s&#233;rie d'innovations p&#233;dagogiques r&#233;ussies: approche compar&#233;e des soci&#233;t&#233;s (d'o&#249; le recours souvent tr&#232;s formateur &#224; des travaux ethnologiques), attention port&#233;e &#224; la nature des sources statistiques et &#224; leurs limites, voire leurs biais; usage des films documentaires, enseignement d'une lecture critique d'&#233;missions t&#233;l&#233;vis&#233;es, t&#233;l&#233;vision, etc.&lt;BR&gt; Les lyc&#233;ens qui s'int&#233;ressent plus particuli&#232;rement aux sciences sociales - ils sont de plus en plus nombreux - trouvent dans les Universit&#233;s des fili&#232;res qui sont pr&#234;tes &#224; les accueillir et &#224; continuer leur formation : en histoire et en g&#233;ographie, en sciences &#233;conomiques, en sociologie, en droit, dans les domaines de l'administration des entreprises et des collectivit&#233;s, de l'enseignement, de la recherche appliqu&#233;e, de l'information et de la conduite des politiques sociales, pour en rester aux cas les plus exemplaires. Contrairement &#224; une opinion assez r&#233;pandue, ces fili&#232;res ne sont pas &quot;bouch&#233;es&quot; ni m&#234;me engorg&#233;es.&lt;BR&gt; Mais il y a plus. La sp&#233;cificit&#233; de l'enseignement de sciences &#233;conomiques et sociales a permis de r&#233;aliser &#224; la fois un acc&#232;s des jeunes d'origine populaire au lyc&#233;e et une &#233;l&#233;vation de leurs chances de r&#233;ussite dans l'enseignement sup&#233;rieur. Ainsi, les &#233;tudiants issus de la fili&#232;re ES r&#233;ussissent plut&#244;t bien en sociologie. Non seulement parce qu'ils se sont initi&#233;s aux rudiments des th&#233;ories sociologiques, mais parce qu'ils ont appris &#224; se frotter aux donn&#233;es &#233;conomiques et sociales, &#224; regarder et &#224; critiquer ces donn&#233;es : par exemple, ils savent lire un tableau statistique, en voient l'int&#233;r&#234;t, ne sont pas effray&#233;s par les chiffres, etc. Bref ils ont appris au lyc&#233;e un peu du raisonnement propre aux sciences sociales et voient l'int&#233;r&#234;t de marier conceptualisation sociologique et analyse empirique. Ainsi on constate dans les Travaux dirig&#233;s de premi&#232;re et de deuxi&#232;me ann&#233;es qu'ils s'initient avec facilit&#233; et souvent avec bonheur &#224; l'initiation &#224; l'enqu&#234;te. Dans des d&#233;partements de sociologie au recrutement socialement plus populaire et scolairement plus &quot;diversifi&#233;&quot; (avec beaucoup d'&#233;l&#232;ves titulaires de bacs technologiques et de bacs professionnels), les &#233;l&#232;ves de ES constituent la t&#234;te des promotions.&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;2. Une attaque frontale de l'ultra-lib&#233;ralisme contre les SES&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; L'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales au lyc&#233;e n'est plus dans &quot;l'air du temps&quot;. Sans doute, d'abord et avant tout, pour l'originalit&#233; de sa d&#233;marche : d'une part, parce que, sur le fond, il propose une appr&#233;hension globale des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et sociaux qui implique n&#233;cessairement de les replacer dans un contexte historique et social ; d'autre part, parce que, sur le plan didactique, il a &#233;t&#233; le vecteur de p&#233;dagogies actives, tr&#232;s novatrices pour leur temps.&lt;BR&gt; Sur le plan des contenus, l'approche de l'&#233;conomie que les SES d&#233;fendent (et qu'un magazine comme Alternatives &#233;conomiques diffuse &#224; un plus large public) se retrouve en porte-&#224;-faux avec celle qui est, pour l'essentiel, enseign&#233;e dans l'enseignement sup&#233;rieur dans le cadre de ce qu'on appelle l' &quot;&#233;conomie standard&quot; qui, on le sait, repose sur une formalisation pouss&#233;e des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques, tr&#232;s largement autonomis&#233;s des autres sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;. Si bien que les SES apparaissent aujourd'hui &#224; bon nombre d'&#233;conomistes &quot;mod&#233;lisateurs&quot; (expression commode que nous employons ici provisoirement), form&#233;s dans les facult&#233;s des ann&#233;es 1980 comme un r&#233;sidu anachronique de conceptions laissant place &#224; l'histoire sociale, &#233;conomique et politique, et se donnant pour m&#233;thode d'analyser les soci&#233;t&#233;s telles qu'elles sont et telles que les hommes la font. Sur un plan plus politique, il convient d'insister sur la r&#233;currence des attaques port&#233;es contre un enseignement non &quot;purement&quot; &#233;conomiste de l'&#233;conomie dans l'enseignement secondaire. La liste serait longue &#224; &#233;tablir des prises de position publiques d'hommes politiques contre l'enseignement des SES. Par exemple, l'ancien ministre de l'&#233;conomie, Francis Mer (Polytechnicien de formation, ancien PDG d'Usinor), n'a cess&#233;, durant ses deux ann&#233;es de pouvoir &#224; Bercy, de vilipender un &quot;peuple fran&#231;ais&quot; r&#233;tif &#224; l'&#233;conomie : la vraie, la seule, l'unique, qui ait &#224; ses yeux droit de cit&#233; : l'&#233;conomie de march&#233;, celle qui est enseign&#233;e dans les divers manuels de micro&#233;conomie et qui, selon lui, devrait &#234;tre enseign&#233;e d&#232;s le plus jeune &#226;ge &#224; nos futurs concitoyens de mani&#232;re &#224; ce que ces derniers int&#232;grent les contraintes de l'action &#233;conomique. &lt;BR&gt; &lt;A NAME=&quot;N1&quot;&gt;Il y a aussi un contexte social et id&#233;ologique de la r&#233;forme Fillon. C'est la tentative au long cours de refondation id&#233;ologique de la droite fran&#231;aise : le MEDEF, les travaux de Kessler et de Ewald, les tentatives de l'Institut de l'entreprise, etc. Un leitmotiv revient sans cesse de la bouche de ses penseurs agr&#233;&#233;s par le Medef : il faut former les nouvelles g&#233;n&#233;rations &#224; la vraie &#233;conomie, celle qui &#233;dicte comme des tables de v&#233;rit&#233; les lois de l'&#233;conomie de march&#233;. Des courbes de co&#251;t et de pr&#233;f&#233;rences devront bien faire l'affaire(&lt;B&gt;&lt;a HREF=&quot;#Note1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/B&gt;). A c&#244;t&#233;, on pourra y adjoindre des rudiments d'un enseignement, dit utile, en droit et en gestion. Ainsi form&#233;s nos lyc&#233;ens seraient en quelque sorte &#233;quip&#233;s mentalement pour avoir une lecture, limit&#233;e mais r&#233;aliste, du monde &#233;conomique et social. Foin donc des autres sciences sociales qui polluent la puret&#233; du raisonnement &#233;conomique. Nul besoin donc de s'embarrasser de verbiage sociologique souvent accus&#233; d'&#234;tre d&#233;moralisateur. Il faut r&#233;-enchanter la soci&#233;t&#233;, donner des signes d'espoir, faire passer le credo lib&#233;ral en &#233;conomie.&lt;/A&gt;&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;3. Le soutien aux SES : un enjeu pour tous les d&#233;fenseurs de l'&#233;cole publique&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; Rappelons ici, c'est le ph&#233;nom&#232;ne essentiel, que les SES constituent une discipline &#233;minemment fragile sur le plan institutionnel : cr&#233;ation relativement r&#233;cente, peu d'enseignants (N = 6000), une Inspection G&#233;n&#233;rale de SES &#233;clat&#233;e et h&#233;t&#233;rog&#232;ne, un d&#233;bouch&#233; professoral quantitativement faible, puisqu'il a &#233;t&#233; cantonn&#233; &#224; une option de second cycle . Or, dans l'histoire du syst&#232;me d'enseignement fran&#231;ais, on le sait gr&#226;ce aux travaux de Durkheim et, plus r&#233;cemment de Briand et Chapoulie, la question morphologique des corps professoraux est d&#233;cisive. &quot;Combien de bataillons les SES ?&quot;. La r&#233;ponse en dit beaucoup sur le rapport de force : &quot;Tr&#232;s peu&quot;, compar&#233; aux autres disciplines. Combien de bataillons les profs d'&#233;co et gestion ou les profs d'histoire-g&#233;ographie ? Beaucoup&#8230; Donc d'une mani&#232;re structurelle, les profs de SES sont coinc&#233;s entre les deux grands corps voisins et rivaux dont les repr&#233;sentants (IG notamment) lorgnent &#224; la fois sur la fili&#232;re et sur ce pactole d'heures de lyc&#233;e. Ils lorgnent d'autant plus que la fili&#232;re L s'est affaiblie sur longue p&#233;riode et que la fili&#232;re STT s'est prol&#233;taris&#233;e dans son recrutement depuis quinze ans. Paradoxe historique ; au fur et &#224; mesure que la fili&#232;re ES se consolidait et devenait sinon une voie d'excellence du moins une voie de choix relatif , elle se voyait menac&#233;e dans son succ&#232;s par ses puissants voisins qui ne lui veulent pas que du bien. Les profs de SES se demandent donc toujours &#224; quelle sauce ils vont &#234;tre mang&#233;s. Avec Fillon, le risque est plut&#244;t &#224; la sauce gestionnaire, avec un zeste de droit.&lt;BR&gt; Au-del&#224; des divisions entre disciplines qu'a l&#233;gu&#233;es l'histoire du syst&#232;me d'enseignement, il doit appara&#238;tre &#224; chacun -professeur, parent d'&#233;l&#232;ve, jeune-, que ce qui est en jeu ici, c'est une certaine conception de l'&#233;cole et de l'&#233;ducation, en m&#234;me temps qu'un outil p&#233;dagogique exemplaire. Le &quot;profit&quot; r&#233;alis&#233; par quelques disciplines concurrentes serait bien illusoire, face au mouvement r&#233;el engag&#233; par la disparition d'un tel enseignement. C'est donc tout &#224; la fois aux professeurs de sciences &#233;conomiques et sociales eux-m&#234;mes que nous nous adressons, mais aussi &#224; la communaut&#233; universitaire, aux pouvoirs publics et aux citoyens, pour mettre un terme &#224; une entreprise qui ne peut &#234;tre analys&#233;e autrement que comme l'expression d'un projet profond&#233;ment r&#233;actionnaire.&lt;hr&gt; &lt;B&gt;Notes&lt;/B&gt; &lt;I&gt;- &lt;FONT COLOR=&quot;#993366&quot;&gt;cliquez sur le num&#233;ro de la note pour revenir au texte correspondant&lt;/FONT&gt;&lt;/I&gt;&lt;BR&gt; &lt;A NAME=&quot;Note1&quot;&gt;&lt;B&gt;&lt;A HREF=&quot;#N1&quot;&gt;(1)&lt;/A&gt;&lt;/B&gt; Le MEDEF voudrait donc qu'on ne parle que de l'entreprise, mais seulement de l'entreprise vue du point de vue de l'entrepreneur. &quot;L'entreprise est l&#224; pour faire du profit, sinon elle meurt; le travail est un co&#251;t&quot;. etc. Qu'on parle de &quot;l'entreprise&quot;, mais aussi telle que vue par les salari&#233;s.&lt;/A&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;B&gt;&lt;A HREF=&quot;https://savoir-agir.org/analyses.htm&quot;&gt;Retour au portail th&#233;matique&lt;/A&gt;&lt;BR&gt;&lt;A HREF=&quot;https://savoir-agir.org/logo.htm&quot;&gt;Retour &#224; la page d'accueil&lt;/A&gt;&lt;/B&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt; &lt;/body&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;inventer la politique, par Bertrand Geay (Raisons d'agir)</title>
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		<description>R&#233;inventer la politique R&#233;inventer la politique Bertrand Geay (Raisons d'agir)Ce texte est paru dans le journal Politis le 26 d&#233;cembre 2002. Contre la satellisation des dissidences orchestr&#233;e par la direction du Parti socialiste, un large rassemblement des forces qui se sont engag&#233;es dans la r&#233;sistance aux politiques n&#233;o-lib&#233;rales est de nature &#224; dynamiser les luttes sociales et &#224; donner quelque chance &#224; des politiques alternatives. L'accord sur des axes essentiels de r&#233;orientation des politiques (...)

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&lt;a href="https://savoir-agir.org/-Textes-divers-.html" rel="directory"&gt;Textes divers&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Site du collectif Raisons d'Agir&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;sociologie,critique,Bourdieu,Lebaron,raison,agir,raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Association Raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;R&#233;inventer la politique&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;p ALIGN=&quot;center&quot;&gt;&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;FONT SIZE=5&gt;R&#233;inventer la politique&lt;/FONT&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;FONT SIZE=4&gt;Bertrand Geay (Raisons d'agir)&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;Ce texte est paru dans le journal &lt;I&gt;Politis&lt;/I&gt; le 26 d&#233;cembre 2002.&lt;/FONT&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;p&gt;Contre la satellisation des dissidences orchestr&#233;e par la direction du Parti socialiste, un large rassemblement des forces qui se sont engag&#233;es dans la r&#233;sistance aux politiques n&#233;o-lib&#233;rales est de nature &#224; dynamiser les luttes sociales et &#224; donner quelque chance &#224; des politiques alternatives. L'accord sur des axes essentiels de r&#233;orientation des politiques publiques est &#224; port&#233;e de main, depuis des ann&#233;es au travail dans les multiples mobilisations, rencontres ou contre-propositions qui ont vu le jour depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, qu'il s'agisse des salaires et des minima sociaux, de l'instauration de nouveaux droits &#233;conomiques et sociaux, de la reconqu&#234;te des services publics et de la protection sociale, des &#233;nergies renouvelables et des transports, ou de la politique internationale.&lt;/p&gt; Mais il serait probablement illusoire de croire que l'adoption d'une sorte de programme &#233;lectoral minimum serait suffisant pour renverser les tendances &#224; l'&#339;uvre. M&#234;me si les marges d'action nationales ou locales restent bien sup&#233;rieures &#224; ce qui est sugg&#233;r&#233; d'ordinaire, par une sorte d'effet pervers du discours sur la mondialisation, il n'en reste pas moins que l'emprise de structures &#233;conomiques fortement int&#233;gr&#233;es &#224; l'&#233;chelle internationale et la capacit&#233; de toutes les formes de domination &#224; se reproduire par leur inertie propre sont de nature &#224; &#233;puiser les coalitions les plus vertueuses et &#224; vider de leur substance les entreprises les plus subversives, d&#232;s lors qu'elles devraient se r&#233;duire &#224; ce que les institutions politiques sont en mesure de leur offrir comme traductions imm&#233;diatement op&#233;rationnelles.&lt;/p&gt; Au vu des exp&#233;riences pass&#233;es, on pourrait radicaliser cette interrogation : est-il possible de prendre pied dans le champ de la repr&#233;sentation politique sans voir tr&#232;s rapidement son action orient&#233;e par cela-m&#234;me que l'on entendait combattre, sans se soumettre aux logiques qui organisent les formes institu&#233;es de la repr&#233;sentation politique, et par l&#224; aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, symboliques ou bureaucratiques, qui s'attachent &#224; l'ordre social et &#224; l'ordre politique ? Si l'on s'accorde sur la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;mergence d'un nouvel anticapitalisme, il n'est peut-&#234;tre pas &#224; terme de probl&#232;me plus d&#233;cisif.&lt;/p&gt; Certes, la question n'est pas nouvelle. Mais s'impose aujourd'hui la r&#233;alit&#233; d'une politique o&#249; les strat&#233;gies de &quot;communication&quot;, le recours aux sondages d'opinion et l'adaptation continue du langage politique aux &quot;tendances&quot; relev&#233;es par les &quot;observateurs&quot; et &quot;experts&quot; en tous genres, participent de la fermeture de cet espace sur lui-m&#234;me et de la r&#233;duction des citoyens &#224; de simples agr&#233;gats de client&#232;les.&lt;/p&gt; On peut au moins affirmer qu'une strat&#233;gie de transformation sociale ne saurait se r&#233;duire &#224; une simple addition de forces ou a fortiori &#224; des &#233;quations strictement &#233;lectorales. L'enjeu est d'&#234;tre en capacit&#233; d'agir dans le champ politique sur la base d'un projet r&#233;solument &#233;mancipateur. Et d'un projet qui s'ancre dans toute une s&#233;rie de pratiques sociales en rupture avec les logiques de comp&#233;tition et de consommation dominantes. Par exemple, par le d&#233;veloppement de pratiques d'inspiration mutualiste. Par l'auto-organisation des univers professionnels ou de r&#233;sidence. Par la lutte sociale, collective et solidaire, qui porte en elle des principes diff&#233;rents d'organisation du monde social.&lt;/p&gt; Faudrait-il pour autant se limiter &#224; un usage purement tribunicien de la sc&#232;ne &#233;lectorale voire r&#233;cuser tout mandat collectif et accepter de d&#233;l&#233;guer &#224; d'autres la gestion des arbitrages politiques ?&lt;/p&gt; La distance &#224; la fonction politique, qui pr&#233;vaut dans bien des postures critiques, peut trouver un fondement dans la tradition libertaire, tradition respectable, dont on a trouv&#233; la trace dans de nombreux mouvements sociaux r&#233;cents, et dont il y aurait beaucoup &#224; apprendre -dans ce qu'elle a de meilleur- pour r&#233;inventer un v&#233;ritable f&#233;d&#233;ralisme et donner aux notions parfois un peu creuses de r&#233;seau et d'autonomie, un authentique contenu d&#233;mocratique.&lt;/p&gt; Mais on sent bien aussi que tout autre chose est en jeu dans cette mise &#224; distance de la politique. Le risque est grand de conforter une tendance sociale beaucoup plus large, que contribue &#224; produire et dont s'accommode tr&#232;s bien le capitalisme actuel. On pense ici &#224; l'esp&#232;ce d'atomisation sociale et &#224; cette mise en &#233;tat de spectateur du monde qui accompagnent l'extension du r&#232;gne de la marchandise.&lt;/p&gt; Cette acceptation de l'instance politique comme chose en soi, d&#233;tach&#233;e des rapports sociaux qui lui donnent sa substance, a sans doute beaucoup &#224; voir avec des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;sormais bien connus, tels que le brouillage des solidarit&#233;s de classe, la pr&#233;carisation du travail, la diffusion du consum&#233;risme dans toutes les sph&#232;res de la vie sociale et l'individualisation des rapports sociaux que l'on voit &#224; l'&#339;uvre tant du c&#244;t&#233; du travail social, que dans la gestion de l'assurance ch&#244;mage, ou, pour une part au moins, au sein de l'institution scolaire. Si la repr&#233;sentation politique est toujours indissociablement acc&#232;s &#224; la parole et remise de soi, les formes selon lesquelles elle s'organise restent des productions historiques et peuvent &#224; ce titre &#234;tre travaill&#233;es.&lt;/p&gt; Pour lutter contre l'entreprise de d&#233;politisation que constitue le capitalisme lib&#233;ral, l'invention de nouvelles formes d'intervention sur la politique, de contr&#244;le des mandats collectifs, est peut-&#234;tre la cl&#233; d'une reconstitution de la cr&#233;dibilit&#233; et de l'efficacit&#233; de l'intervention dans le champ politique. Elle constitue, autant que les aspects programmatiques, un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant des relations nouvelles &#224; instaurer entre organisations politiques et &quot; mouvement social &quot;, dans le respect des sp&#233;cificit&#233;s de chacun. La mise en place de forums ouverts, o&#249; se retrouvent militants syndicaux, associatifs et politiques, avec l'objectif d'actions coordonn&#233;es en direction des diff&#233;rents niveaux de pouvoir, peut en &#234;tre une premi&#232;re traduction.&lt;/p&gt; Cette question n'est pas exclusive des pr&#233;occupations l&#233;gitimes de nombre de militants politiques quant au rapprochement des diff&#233;rents partis ou courants de la gauche de la gauche. Mais de sa prise en compte d&#233;pend peut-&#234;tre notre capacit&#233; &#224; rassembler une force alternative au lib&#233;ralisme et au social-lib&#233;ralisme, consciente d'elle-m&#234;me et offensive, en &#233;chappant, autant que faire se peut, aux pi&#232;ges de la lutte pour les postes et pour les si&#232;ges.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;B&gt;&lt;A HREF=&quot;https://savoir-agir.org/analyses.htm&quot;&gt;Retour au portail th&#233;matique&lt;/A&gt;&lt;/B&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt; &lt;/body&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Le premier parti ouvrier n'est pas le FN, c'est l'abstention &#187;, par Annie Collovald (Raisons d'agir)</title>
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		<description>Le premier parti ouvrier n'est pas le FN, c'est l'abstention &#171; Le premier parti ouvrier n'est pas le FN, c'est l'abstention &#187; Annie Collovald (Raisons d'agir)Ce texte est paru dans le quotidien L'Humanit&#233; du 21 avril 2006 Entretien avec Annie Collovald, sp&#233;cialiste de la droite et de l'extr&#234;me droite,ma&#238;tre de conf&#233;rences en sciences politiques &#224; Paris-X. Pourquoi contestez-vous l'usage actuel de la notion de &#171; populisme &#187; ? Annie Collovald. Le &#171; populisme &#187; serait un mouvement de m&#233;contents, de (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Site du collectif Raisons d'Agir&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;sociologie,critique,Bourdieu,Collovald,raison,agir,raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Association Raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;Le premier parti ouvrier n'est pas le FN, c'est l'abstention&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;p ALIGN=&quot;center&quot;&gt;&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;FONT SIZE=5&gt;&#171; Le premier parti ouvrier n'est pas le FN, c'est l'abstention &#187;&lt;/FONT&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;FONT SIZE=4&gt;Annie Collovald (Raisons d'agir)&lt;/FONT&gt;&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt;&lt;A HREF=&quot;http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-04-21/2006-04-21-828462&quot; TARGET=&quot;_blank&quot;&gt;Ce texte est paru dans le quotidien &lt;I&gt;L'Humanit&#233;&lt;/I&gt; du 21 avril 2006&lt;/A&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;P align=&quot;center&quot;&gt;&lt;B&gt;Entretien avec Annie Collovald, sp&#233;cialiste de la droite et de l'extr&#234;me droite,&lt;BR&gt;ma&#238;tre de conf&#233;rences en sciences politiques &#224; Paris-X.&lt;/B&gt;&lt;/P&gt; &lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;Pourquoi contestez-vous l'usage actuel de la notion de &#171; populisme &#187; ?&lt;/B&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;Annie Collovald.&lt;/B&gt; Le &#171; populisme &#187; serait un mouvement de m&#233;contents, de frustr&#233;s, subjugu&#233;s par le charisme d'un leader, s&#233;duits par ses th&#232;ses x&#233;nophobes, et dirig&#233; contre les &#233;lites &#233;tablies. Mais l'histoire sociale de ce terme nous apprend que les usages actuels en renversent la signification. Avant qu'il ne qualifie le FN, le terme existait dans le monde savant et politique. Il oscillait entre valorisation du populaire (il existait des prix de litt&#233;rature populiste par exemple) et stigmatisation, mais stigmatisation des intellectuels et des &#233;lites suppos&#233;s manipuler &#224; leur profit les int&#233;r&#234;ts des groupes populaires. En sociologie politique, le mot d&#233;signait simplement une strat&#233;gie de mobilisation du plus grand nombre, dans le cadre d'une d&#233;mocratisation politique. D&#233;sormais, l'appel au peuple est devenu une anomalie pathologique pour la d&#233;mocratie, dont la cause r&#233;side dans la cr&#233;dulit&#233; des groupes populaires r&#233;put&#233;s toujours pr&#234;ts &#224; suivre les d&#233;magogues, les plus forts en gueule. Le populisme d'aujourd'hui bl&#226;me les victimes en quelque sorte et fait du peuple non plus une cause &#224; d&#233;fendre mais le principal probl&#232;me &#224; r&#233;soudre pour une &#171; bonne d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;Vous critiquez l'id&#233;e re&#231;ue selon laquelle le vote Front national serait un vote ouvrier...&lt;/B&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;Annie Collovald.&lt;/B&gt; L'interpr&#233;tation selon laquelle la frustration, le ressentiment li&#233;s &#224; la crise &#233;conomique et sociale suffiraient &#224; expliquer les succ&#232;s &#233;lectoraux du FN n'a que l'apparence de la plausibilit&#233;. S'il en &#233;tait ainsi, on devrait alors s'&#233;tonner non pas de l'ampleur de ce vote, mais au contraire de son extr&#234;me faiblesse. 11 &#224; 12 millions de personnes, en France, subissent de plein fouet les cons&#233;quences de la crise sociale et &#233;conomique. Il devrait donc y avoir, si l'on suit ce raisonnement, autant d'&#233;lecteurs FN. Or, en 2002, au plus fort de la vague, il y en avait moins de 5 millions. C'est &#233;videmment beaucoup. Mais cela signifie qu'il existe, m&#234;me chez les plus vuln&#233;rables, des verrous moraux qui les emp&#234;chent de se reconna&#238;tre dans ce parti.&lt;BR&gt; Les analystes &#233;lectoraux du FN s'appuient sur des sondages. Double probl&#232;me. 30 &#224; 32 % des personnes sollicit&#233;es refusent de r&#233;pondre, c'est dire que les &#233;chantillons sont construits sur un mode plus sauvage que raisonn&#233;. L'id&#233;e implicite de tout sondage ensuite est que les gens disent ce qu'ils font et font ce qu'ils disent, id&#233;e bien probl&#233;matique, surtout quand il s'agit d'un vote honteux qui ne s'avoue pas publiquement. Du coup, les explications donn&#233;es ne portent que sur des &#233;lecteurs FN d&#233;clar&#233;s moiti&#233; moins nombreux que les &#233;lecteurs r&#233;els. Par ailleurs, ces m&#234;mes commentateurs ne s'int&#233;ressent qu'aux votants. Ils oublient les autres formes de mobilisations &#233;lectorales que sont l'inscription sur les listes &#233;lectorales et l'abstention. Or les &#233;tudes de l'INSEE portant sur les pratiques &#233;lectorales effectives montrent que les plus d&#233;munis se retrouvent tr&#232;s majoritairement ici. D'apr&#232;s ces &#233;tudes, 27 &#224; 32 % des ouvriers s'abstiennent. Le premier parti ouvrier, alors, n'est pas le FN, c'est l'abstention. Si l'on tient compte de cela, les pr&#233;f&#233;rences politiques des groupes ouvriers changent en outre de sens. Elles vont d'abord, apr&#232;s l'abstention, &#224; la gauche puis &#224; la droite classique et enfin seulement au FN (autour de 17 %, bien loin des 30 % avanc&#233;s en 2002).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;Les commentaires politiques impr&#233;gn&#233;s de ce que vous appelez le &#171; racisme social &#187; sous-entendent-ils que certaines cat&#233;gories seraient moins qualifi&#233;es que d'autres pour exercer leurs droits d&#233;mocratiques ?&lt;/B&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;Annie Collovald.&lt;/B&gt; Nous assistons &#224; la mont&#233;e d'une conception de la d&#233;mocratie comme devant &#234;tre fond&#233;e sur l'expertise, la comp&#233;tence. Cette conception s'accommode parfaitement de l'abstention des cat&#233;gories les plus vuln&#233;rables et du glissement vers une d&#233;mocratie censitaire qui ne dit pas son nom. Mais cette abstention des cat&#233;gories populaires, qui a progress&#233; de 10 points entre 1995 et 2002, a recul&#233; &#224; l'occasion des scrutins de 2004 et en 2005, &#224; la faveur de campagnes &#233;lectorales vivantes et anim&#233;es. M&#234;me si elle demeure forte, elle n'est donc pas une fatalit&#233;. L'abstention n'est pas li&#233;e &#224; la comp&#233;tence des &#233;lecteurs, mais bien &#224; la nature de l'offre politique et au travail de mobilisation politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;I&gt;&#192; lire : Le Populisme du FN, un dangereux contresens, &#201;ditions du Croquant, Broissieux, 2004. &lt;BR&gt;La D&#233;mobilisation politique (coll.), La Dispute, 2005&lt;/I&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;B&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Rosa Moussaoui&lt;/B&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;B&gt;&lt;A HREF=&quot;https://savoir-agir.org/analyses.htm&quot;&gt;Retour au portail th&#233;matique&lt;/A&gt;&lt;/B&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt; &lt;/body&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le populisme : la cat&#233;gorie de toutes les illusions mal fond&#233;es Annie Collovald (Raisons d'agir)</title>
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		<description>Le populisme : la cat&#233;gorie de toutes les illusions mal fond&#233;es Le populisme : la cat&#233;gorie de toutes les illusions mal fond&#233;es Annie Collovald (Raisons d'agir)Ce texte est paru dans la revue Contre Temps, n&#176;8, septembre 2003 &quot;Nouveaux monstres et vieux d&#233;mons : d&#233;construire l'extr&#234;me droite&quot; Les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002 en ont t&#233;moign&#233; : le &quot;populisme&quot; occupe d&#233;sormais une place pr&#233;dominante dans les commentaires politiques pour d&#233;signer des ph&#233;nom&#232;nes qui, &#224; l'instar du FN, &#233;taient jusqu'alors (...)

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&lt;a href="https://savoir-agir.org/-Textes-divers-.html" rel="directory"&gt;Textes divers&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Site du collectif Raisons d'Agir&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;sociologie,critique,Bourdieu,Collovald,raison,agir,raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Association Raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;Le populisme : la cat&#233;gorie de toutes les illusions mal fond&#233;es&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;p ALIGN=&quot;center&quot;&gt;&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;FONT SIZE=5&gt;Le populisme : la cat&#233;gorie de toutes les illusions mal fond&#233;es&lt;/FONT&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;FONT SIZE=4&gt;Annie Collovald (Raisons d'agir)&lt;/FONT&gt;&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt;Ce texte est paru dans la revue &lt;I&gt;Contre Temps&lt;/I&gt;, n&#176;8, septembre 2003&lt;BR&gt; &quot;Nouveaux monstres et vieux d&#233;mons : d&#233;construire l'extr&#234;me droite&quot;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;P&gt;Les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002 en ont t&#233;moign&#233; : le &quot;populisme&quot; occupe d&#233;sormais une place pr&#233;dominante dans les commentaires politiques pour d&#233;signer des ph&#233;nom&#232;nes qui, &#224; l'instar du FN, &#233;taient jusqu'alors pens&#233;s comme relevant de l'extr&#234;me droite. Lanc&#233;e par le philosophe politique Pierre-Andr&#233; Taguieff qui la r&#233;importait des actuels d&#233;bats am&#233;ricains sur la &quot;nouvelle droite&quot;, la notion a &#233;t&#233; reprise d'abord par les historiens du &quot;temps pr&#233;sent&quot; dans sa premi&#232;re acception &quot;national-populiste&quot;. Celle-ci leur a permis de reconstruire une nouvelle filiation de droite dans laquelle le boulangisme et le poujadisme devenaient les pr&#233;curseurs du FN. La mise en relation, par-del&#224; les diff&#233;rences de contexte historique et de structuration sociale, de tels pr&#233;c&#233;dents ayant &quot;rat&#233;&quot; une inscription durable dans le jeu politique venait certifier la conclusion dont ils ont fait leur marque professionnelle : l'inexistence de fascisme en France. Qu'&#224; partir des ann&#233;es 1990, le terme de &quot;populisme&quot; se substitue &#224; celui de &quot;national-populisme&quot; n'est pas sans effets. Fonctionnant comme une injure politique tout en pr&#233;tendant au statut de cat&#233;gorie d'analyse, le mot, dans les usages journalistiques ou savants qui en sont faits, m&#234;le &#233;troitement jugements en indignit&#233; et constats empiriques et renforce, en les syst&#233;matisant, toute une s&#233;rie de pr&#233;suppos&#233;s non explicit&#233;s.&lt;BR&gt; Le &quot;populisme&quot; para&#238;t certes pouvoir d&#233;crire un ph&#233;nom&#232;ne politique qui bouscule le clivage droite/gauche en empruntant &#224; l'une et &#224; l'autre de leurs traditions politiques tout en leur donnant une expression qui leur est &#233;trang&#232;re : &quot;solution autoritaire&quot; via le pouvoir d'un leader et l'appel au &quot;peuple&quot;, le tout s'accomplissant par-del&#224; toutes les m&#233;diations &#233;tablies et contre les repr&#233;sentants politiques en place. S'il est rappel&#233; parfois, comme pr&#233;c&#233;demment, que la mobilisation s'effectue sur des propositions nationalistes, x&#233;nophobes sinon racistes, inentendues depuis longtemps sous cette forme (&quot;pr&#233;f&#233;rence nationale, &quot;la France au Fran&#231;ais&quot;), cette dimension tend &#224; dispara&#238;tre derri&#232;re la singularit&#233; des liens unissant le leader &#224; ses adeptes. C'est cette caract&#233;ristique, r&#233;put&#233;e d&#233;couler du &quot;charisme&quot; du chef, qui retient toutes les attentions et sert &#224; rendre compte de l'engouement na&#239;f ou subjugu&#233; des groupes populaires pour des th&#232;ses contraires aux id&#233;aux d&#233;mocratiques les amenant &#224; commettre l'impensable et l'irr&#233;parable : voter en faveur du FN. On voudrait montrer ici combien cette conception des raisons du succ&#232;s frontiste repose sur des illusions tr&#232;s mal fond&#233;es et avance des explications qui n'ont pour elles que l'apparence de la plausibilit&#233; scientifique. Non seulement elles appauvrissent consid&#233;rablement la compr&#233;hension de ce qu'est concr&#232;tement le FN mais elles imposent une vision normative de la d&#233;mocratie emp&#234;chant d'entrevoir les sources empiriques de sa vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;La mobilisation en faveur du FN : un effet de propagande ?&lt;/B&gt;&lt;/P&gt; &lt;P&gt;Ce serait donc le charisme de J.-M. Le Pen qui &quot;alimenterait&quot; la s&#233;duction de ses th&#232;ses aupr&#232;s de groupes populaires. Cette id&#233;e conduit &#224; trouver dans les discours de J.-M. Le Pen les &quot;valeurs et les id&#233;es&quot; cens&#233;es d&#233;finir ce qu'incarne et ce qui d&#233;termine le leader du parti FN (tout comme ceux qui mettent dans l'urne un bulletin en faveur du FN). Elle fait prendre &#224; &quot;la lettre&quot; ce qu'il affirme &#234;tre sans s'apercevoir que ses discours publics sont des pratiques politiques et des strat&#233;gies de distinction contraintes par un syst&#232;me d'&#233;carts dont les possibilit&#233;s varient en fonction des autres partis politiques pr&#233;sents et en fonction des composantes internes du groupement qu'il rassemble. Cette attitude analytique, qui transforme des d&#233;clarations tactiques en v&#233;ritables motivations, contribue &#224; pr&#234;ter au FN un sens unitaire et homog&#232;ne (un mouvement &quot;nationaliste et social&quot;) en ne tenant compte ni de la pluralit&#233; de ses modes d'existence (le FN comme &#233;lectorat, comme structure militante, comme direction, comme repr&#233;sentation que ses dirigeants en donnent ou que les autres lui conf&#232;rent) ni de la pluralit&#233; des lieux o&#249; il intervient (sur la sc&#232;ne publique, dans l'entre soi militant, dans les postes &#233;lectifs qu'il occupe, dans des actions &quot;coups de poing&quot; en France et &#224; l'&#233;tranger, dans la presse, dans les travaux savants) et des modalit&#233;s sous lesquelles il intervient (directement ou indirectement, par lui-m&#234;me ou par acteurs interpos&#233;s, dans des discours mais &#233;galement dans des &#233;lections, des manifestations et des interpr&#233;tations savantes ou politiques).&lt;BR&gt; Rappeler la pluralit&#233; et l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des formes d'existence politique, c'est rappeler, contre ce qu'il en est dit, qu'il ne peut pas y avoir une seule explication, globale et g&#233;n&#233;rale, susceptible d'en rendre raison (la &quot;crise&quot; ou la &quot;protestation sociale&quot;), rappeler aussi qu'il existe des rapports diff&#233;renci&#233;s au FN (et non un seul organis&#233; par des valeurs) qui constituent pr&#233;cis&#233;ment un enjeu majeur pour les dirigeants frontistes dont tout le travail politique est de les rassembler et les unifier symboliquement. Non seulement circonscrire la politique &#224; une affaire d'opinions, de valeurs ou d'id&#233;ologie revient &#224; penser dans les cat&#233;gories de l'&#233;thique et de l'id&#233;ologique des comportements qui leur sont souvent &#233;trangers car mus par des rationalit&#233;s pratiques (en &quot;situation&quot; et non en &quot;raison&quot;) entrem&#234;lant id&#233;aux, croyances, calculs, et anticipations sur ce qu'il est possible et pensable de faire ou de ne pas faire. Mais cela revient aussi &#224; accr&#233;diter ce que le FN &#224; travers son leader pr&#233;tend &#234;tre et repr&#233;senter : &quot;exprimer les m&#233;contentements populaires&quot;. Sa pr&#233;tention &#224; porter les pr&#233;occupations populaires se voit ainsi ratifi&#233;e par d'autres que lui &#224; un moment o&#249; tout son probl&#232;me est justement de faire oublier son pass&#233; extr&#233;miste, de refuser l'&#233;tiquette d'extr&#234;me droite et de se faire admettre dans le jeu politique, que ce soit sous la figure de la crainte et de la menace &#233;tant de peu d'importance.&lt;BR&gt; Tout comme une coh&#233;rence est postul&#233;e entre les id&#233;es affich&#233;es et les pratiques politiques adopt&#233;es, l'&#233;mergence et la durabilit&#233; politique d'un tel mouvement sont recherch&#233;es dans la coh&#233;rence des id&#233;es et des valeurs entre le &quot;chef&quot; et ses troupes populaires et plut&#244;t comprises comme un effet de propagande ou de communication, ce qui est comme le remarquait un historien du nazisme, &quot;plausible seulement en apparence&quot;. Des travaux de sociologie politique classiques (ceux de Paul Lazarsfeld par exemple) ont d&#233;j&#224; r&#233;fut&#233; une telle mani&#232;re de comprendre les pr&#233;f&#233;rences politiques en montrant que si endoctrinement il y avait, il ne convainquait que les plus convaincus ; mais des travaux d'historiens sur le nazisme (le r&#233;gime o&#249; ce type d'analyse semble le plus aller de soi) en ont soulign&#233; toutes les limites. Des crimes effroyables pouvaient &#234;tre d&#233;termin&#233;s non par adh&#233;sion &#224; l'id&#233;ologie nazie mais par conformisme au groupe et accomplis par des &quot;hommes ordinaires&quot; et non par des id&#233;ologues nazifi&#233;s. Des ralliements &#224; Hitler pouvaient &#234;tre motiv&#233;s certes par des croyances mais des croyances plac&#233;es non pas dans la magie de son verbe et de ses th&#232;ses mais dans des calculs politiques fond&#233;s sur son image d'&quot;homme sans qualit&#233;&quot; qui, &#224; ce titre, laissait envisager qu'il pouvait &#234;tre tenu et manipul&#233;.&lt;BR&gt; De tels travaux prennent &#224; contre-pied les explications ordinaires du &quot;populisme&quot; sur le &quot;charisme&quot; et sur les conditions d'acceptabilit&#233; de th&#232;ses extr&#233;mistes. Tout d'abord, les raisons du succ&#232;s du FN ne se trouvent pas dans le FN mais dans la configuration politique dans laquelle il est inscrit. Contre cette forme de d&#233;politisation de l'analyse qui consiste &#224; isoler le FN du reste du jeu politique pour ne se focaliser que les seules relations entre le chef et ses troupes, c'est l'ensemble de la concurrence entre les &#233;lites politiques qu'il convient d'examiner pour rep&#233;rer les transformations op&#233;r&#233;es entre hier et aujourd'hui dans ce qu'il est acceptable ou non de dire et de faire en politique. Sous cet angle, les r&#233;appropriations et retraductions multiples des th&#232;mes comme la s&#233;curit&#233; et l'immigration qu'ont accomplies depuis une quinzaine d'ann&#233;es les partis de droite et de gauche n'ont pas manqu&#233; de contribuer &#224; la l&#233;gitimation plus ou moins involontaire des th&#232;ses lep&#233;nistes en les posant en seuls probl&#232;mes centraux auxquels est affront&#233; aujourd'hui l'ordre d&#233;mocratique. Ensuite ces travaux montrent qu'il n'y a pas de disposition sociale &#224; l'autoritarisme ou de d&#233;termination sociale &#224; une orientation id&#233;ologique. C'est pourtant ce que mettent en avant les analyses &#233;lectorales qui trouvent les causes du succ&#232;s du FN dans le ralliement de groupes populaires aux th&#232;ses de J.-M. Le Pen.&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;Les d&#233;fauts autoritaires du populaire&lt;/B&gt;&lt;/P&gt; &lt;P&gt;La r&#233;currence des rappels depuis 1995 que le FN est le premier parti ouvrier t&#233;moigne de cette inclination &#224; expliquer la vigueur &#233;lectorale du FN par sa nature ou son essence sociale. Plusieurs remarques s'imposent ici. Il est certes tout &#224; fait plausible (et m&#234;me certain) que donnent leur voix au FN des membres des classes populaires (m&#234;me &#233;largies aux employ&#233;s et aux ch&#244;meurs dont il faut cependant indiquer pour ces derniers que leur cat&#233;gorie de regroupement est purement administrative et qu'elle ne renseigne en rien sur leur appartenance sociale). Mais invoquer sans cesse le &quot;populaire&quot; conduit &#224; le mettre l&#224; o&#249; il n'est pas forc&#233;ment.&lt;BR&gt; Insister comme les &#233;lectoralistes s'y emploient sur le fait que 30% des membres des groupes populaires sont &#233;lecteurs du FN, taux-record suppos&#233; atteint lors des pr&#233;sidentielles de 1995 revient &#224; prendre une minorit&#233; pour le tout de l'&#233;lectorat frontiste (puisque, &#224; suivre leurs chiffres, 70% n'appartiennent pas aux classes populaires) et &#224; homog&#233;n&#233;iser un &#233;lectorat qui, comme tout &#233;lectorat, est composite socialement. Il convient d'ailleurs de rappeler que ce chiffre r&#233;sulte de sondages &quot;sortie des urnes&quot; et non d'une r&#233;alit&#233; effective d&#233;montr&#233;e &#224; partir de l'examen des bureaux de vote : sur cette base, le chiffre a &#233;t&#233; revu consid&#233;rablement &#224; la baisse (21%). En outre, ce &quot;peuple mis en oriflamme&quot; est la part restante des diverses tactiques de dissimulation &#224; l'&#339;uvre parmi les professions ind&#233;pendantes et les cat&#233;gories interm&#233;diaires ou sup&#233;rieures d&#232;s que leur est demand&#233; d'indiquer leurs pr&#233;f&#233;rences partisanes, a fortiori pour un FN unanimement pr&#233;sent&#233; comme socialement et politiquement indigne (rappelons encore que 30% des personnes sollicit&#233;es refusent aujourd'hui de r&#233;pondre &#224; des sondages). Enfin, dernier oubli plus que malencontreux. Si l'on veut bien admettre que le taux de p&#233;n&#233;tration du FN dans la cat&#233;gorie sociale &quot;ouvriers&quot; est de 30%, alors cela signifie que 70% d'entre eux ont &#233;t&#233; sensibles &#224; d'autres partis que le FN et que parmi l'ensemble des membres des classes populaires en mesure de voter ces chiffres &quot;importants&quot; n'en concernent qu'une maigre partie, la plupart ayant pr&#233;f&#233;r&#233; l'abstention. C'est ainsi l'abstention qui est le premier parti ouvrier et non le FN : c'est la rel&#233;gation politique ou l'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la politique qui structurent leur rapport &#224; la politique et non l'acquiescement &#224; une protestation autoritaire.&lt;BR&gt; Reste que l'insistance des &#233;lectoralistes &quot;force&quot; ainsi le FN &#224; entrer dans les cat&#233;gories populaires et, l'y ayant fait entrer, conf&#232;re une reconnaissance populaire &#224; des id&#233;es voire des id&#233;aux qu'ils ont eux-m&#234;mes pos&#233;s comme exemplaires de la marque frontiste (ordre, s&#233;curit&#233;, ethnocentrisme) ; ils transforment alors en &quot;demandes populaires&quot; les th&#232;ses autoritaires promues par J.-M. Le Pen avec une certitude d'autant plus grande que ces th&#232;ses, retravaill&#233;es en &quot;lutte contre l'immigration ou l'ins&#233;curit&#233;&quot;, sont plac&#233;es en haut des agendas intellectuels et politiques, qu'elles font d&#233;bat entre commentateurs et hommes politiques et qu'eux-m&#234;mes participent &#224; leur &#233;laboration sans s'apercevoir qu'ils sont influenc&#233;s par la pr&#233;sence m&#234;me du FN dans le jeu politique.&lt;BR&gt; De telles analyses non seulement dotent d'un signe n&#233;gatif le populaire en politique, mais le rendent totalement flou et indistinct. Non plus groupement d'individus soud&#233;s par des caract&#233;ristiques sociales pr&#233;cises et une culture politique sp&#233;cifique, non plus figure porteuse gr&#226;ce &#224; ses porte-parole historiquement constitu&#233;s de propositions ou revendications mais figure anonyme et vague toujours en instance de r&#233;volte : &quot;les gens d'en bas&quot;, les &quot;d&#233;sesp&#233;r&#233;s&quot;, les &quot;peu ou mal &#233;duqu&#233;s&quot;. Le &quot;populaire&quot; est d'autant plus incertain qu'il est appr&#233;hend&#233; &#224; partir du miroir d&#233;formant de ses nouveaux repr&#233;sentants suppos&#233;s (et de ses repr&#233;sentants les plus indignes politiquement et moralement). Il devient d&#232;s lors possible, et sans contradiction apparente, de porter des jugements contradictoires &#224; usages alternatifs. Le &quot;populaire&quot; tend &#224; &#234;tre pens&#233; &#224; la fois comme comp&#233;tent politiquement et m&#251; par sa d&#233;sesp&#233;rance sociale, instinctuel et rationnel, &#233;motif et porteur de demandes, tr&#232;s inform&#233; voire strat&#232;ge et incompatible avec la d&#233;mocratie au nom de sa mauvaise assimilation culturelle des comportements attendus de citoyens responsables.&lt;BR&gt; Une telle vision du populaire qui alterne (souvent dans le m&#234;me texte) &quot;mis&#233;rabilisme&quot; et &quot;populisme&quot; offre la possibilit&#233; non seulement de fluctuer en fonction du changement de conjoncture interpr&#233;tative mais aussi de donner des gages &quot;d'objectivit&#233;&quot; par la modulation m&#234;me des jugements, en exaltant ou en d&#233;nigrant, en d&#233;non&#231;ant ou en d&#233;plorant (et parfois en m&#234;me temps) sans avoir forc&#233;ment le sentiment de se contredire. Cette interpr&#233;tation &#224; bascule fait perdre du m&#234;me coup aux diff&#233;rents groupes populaires toute existence morale. En les homog&#233;n&#233;isant et pr&#233;sentant leur communaut&#233; reconstruite travers&#233;e de tensions contradictoires, le commentaire fait perdre de vue que des verrous moraux puissent &#234;tre pr&#233;gnants dans cette partie de la population et, partant, leur sp&#233;cificit&#233;. Progressivement inculqu&#233;s par l'histoire m&#234;me du groupe ouvrier et par le travail politique de fid&#233;lisation qu'ont accompli ses porte-parole anciens gr&#226;ce auxquels s'est conquise, contre les autres groupes sociaux, une autonomie par la d&#233;l&#233;gation, ces verrous moraux portent le plus souvent &#224; se r&#233;fugier dans l'abstention ou au d&#233;sengagement multisectoriel (politique, syndical, retrait sur la vie priv&#233;e) pour pr&#233;server une dignit&#233; menac&#233;e plut&#244;t qu'&#224; changer officiellement de repr&#233;sentants ou &#224; revendiquer activement. Avec eux, disparaissent &#224; la fois une &#233;thique &#233;trang&#232;re sinon contraire &#224; celle proclam&#233;e par les cat&#233;gories sociales &quot;imposantes&quot; et tout un pan de l'histoire sociale et politique des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes au profit d'un &quot;pr&#233;sent&quot; ou d'une &quot;actualit&#233;&quot; politique d&#233;faite de son pass&#233;.&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;Le retour de th&#232;ses explicatives contestables&lt;/B&gt;&lt;/P&gt; &lt;P&gt;Un argument explicatif est d&#232;s lors avanc&#233; pour rendre compte de cet engouement populaire pour le FN : le d&#233;classement ou la frustration sociale.&lt;BR&gt; Les m&#234;mes causes &#233;tant suppos&#233;es produire les m&#234;mes effets quelles que soient les &#233;poques, le FN, &#224; l'instar de ses devanciers, boulangiste et poujadiste, ne recevrait, en effet, le soutien que de m&#233;contents, souvent des victimes directes des progr&#232;s &#233;voqu&#233;s. L'argument du d&#233;classement et de la frustration qui tient d'autant mieux qu'il a &#233;t&#233; tr&#232;s largement convoqu&#233; pour expliquer les succ&#232;s du nazisme (les ch&#244;meurs ou les &quot;perdants de la modernisation&quot; auraient &#233;t&#233; les premiers &#224; soutenir Hitler dans sa mont&#233;e au pouvoir) et qu'il est devenu une sorte de lieu commun sur les candidats &#224; la r&#233;bellion ou &#224; l'extr&#233;misme politiques outre qu'il invite ici encore &#224; se d&#233;sint&#233;resser des diff&#233;rentes &#233;lites sociales et politiques pour ne retenir que les sans grade et les d&#233;poss&#233;d&#233;s ou en voie de l'&#234;tre, ouvre sur une explication naturaliste ou &#233;tiologique des comportements politiques davantage que sur la restitution des diverses d&#233;terminations pratiques qui les ont impuls&#233;s. Ainsi que l'a montr&#233; A. Hirschman, le m&#233;contentement ne peut entra&#238;ner une mobilisation puisque, loin de la pr&#233;c&#233;der, il en est une des cons&#233;quences. De plus, le sch&#232;me du d&#233;classement, tel qu'il est employ&#233; ici, est la traduction, au plan de l'analyse, des jugements en ill&#233;gitimit&#233; tenus sur ce qu'est cens&#233; repr&#233;senter le &quot;populisme&quot; (un mouvement honteux, r&#233;trograde, archa&#239;que, mena&#231;ant pour la modernit&#233;) et ce que sont les groupes populaires (peu r&#233;flexifs, peu &#233;duqu&#233;s etc,). Si c'&#233;tait bien la frustration sociale qui &#233;tait au principe de la mobilisation en faveur du FN, alors on devrait s'&#233;tonner devant l'extr&#234;me faiblesse du score frontiste et non devant son ampleur. En effet, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise compte aujourd'hui entre 8 &#224; 9 millions d'ouvriers et de ch&#244;meurs auxquels s'ajoutent les 3 millions de personnes qui sont au seuil de la pauvret&#233; tout en occupant un emploi. Entre 11 et 12 millions de personnes connaissent une vie sociale fragile et un mal-&#234;tre &#233;conomique. On ne compte pourtant que 5 millions d'&#233;lecteurs FN (dont seulement un tiers rel&#232;ve de ces cat&#233;gories &quot;mal int&#233;gr&#233;es&quot; ou &quot;frustr&#233;es&quot;).&lt;BR&gt; L'explication par la frustration a tout d&#232;s lors d'une projection incontr&#244;l&#233;e de l'imaginaire d'une &#233;lite sociale sur les groupes les plus domin&#233;s, projection qui rassure moralement. Il est plus confortable en effet de penser que ce sont les plus &quot;pauvres&quot; en toutes sortes de ressources (&#233;conomiques, sociales, culturelles) qui se retrouvent dans un parti grossier et indigne comme le FN plut&#244;t que les membres de classes sup&#233;rieures dipl&#244;m&#233;es et &quot;modernes&quot;. Elle autorise de renvoyer dans l'inanalys&#233; &#224; la fois les autres cat&#233;gories sociales qui votent pour le FN (petits commer&#231;ants et petits patrons, cadres sup&#233;rieurs du priv&#233;), et qui, elles, n'ob&#233;issent pas &#224; la logique suppos&#233;e de la d&#233;sesp&#233;rance sociale, et le travail de fid&#233;lisation politique accompli par le FN et ses centaines d'&#233;lus au fur et &#224; mesure de leur implantation locale et de leur pr&#233;sence politiquement forte dans certaines r&#233;gions de France (Nord-Est et Sud Est). Elle autorise surtout le retour de th&#233;ories explicatives, depuis longtemps contest&#233;es dans d'autres secteurs savants, et qui acqui&#232;rent, dans la conjoncture interpr&#233;tative marqu&#233; par le &quot;populisme&quot;, un cr&#233;dit scientifique inesp&#233;r&#233; : &quot;l'autoritarisme des classes populaires&quot; empruntant son vernis scientifique &#224; la &quot;personnalit&#233; autoritaire&quot; d'Adorno et aux r&#233;flexions de S. Lipset. Cette th&#233;orie se conjugue avec celle tenue par les institutionnalistes s'int&#233;ressant au &quot;populisme&quot; et qui, eux, ressuscitent pour l'occasion l'id&#233;e ancienne de &quot;l'ingouvernabilit&#233;&quot; des d&#233;mocraties lorsqu'elles sont soumises &#224; une &quot;surcharge&quot; de demandes populaires. Cette probl&#233;matique de l'ingouvernabilit&#233;, dans les ann&#233;es 1970, circulait parmi les politistes am&#233;ricains et dans le huis clos des cabinets minist&#233;riels pour pr&#233;coniser de limiter les &quot;exc&#232;s de d&#233;mocratie&quot; (exc&#232;s de libert&#233;s d'opinion, exc&#232;s d'occasions de manifester ou de revendiquer etc). S'affichant d&#233;sormais publiquement, elle devient une justification (vite utilis&#233;e par les responsables de partis politiques de gauche et de droite) soit de l'impuissance des hommes politiques &#224; mobiliser des soutiens &#233;largis (l'abstention, longtemps signe d'une carence d&#233;mocratique, a pu &#234;tre ainsi la marque d'une d&#233;mocratie paisible et pacifi&#233;e comme les commentaires l'ont avanc&#233; lors des &#233;lections europ&#233;ennes de 1999) soit des n&#233;cessit&#233;s de ne pas tenir compte des &quot;&#233;motions populaires&quot; (le terme a &#233;t&#233; employ&#233; par L. Jospin lors du r&#232;glement de la mobilisation des SDF en 1997). Le FN en ressort alors transform&#233; : non plus le &quot;r&#233;volutionnaire violent&quot; ou le &quot;fasciste d&#233;loyal&quot; des origines mais un parti en appelant &quot;au peuple&quot;, voulant v&#233;ritablement lui redonner une place de choix, en quelque sorte un parti &quot;trop d&#233;mocratique&quot; ou &quot;antid&#233;mocratique&quot; pour cause de surench&#232;re d&#233;mocratique.&lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;Une vision normative de la d&#233;mocratie&lt;/B&gt;&lt;/P&gt; &lt;P&gt;Au bout du compte on le voit, ni comme injure, ni comme cat&#233;gorie d'analyse, le &quot;populisme&quot; n'est pertinent. Le mot valorise plus qu'il ne stigmatise, il aveugle plus n'&#233;claire ce qu'est concr&#232;tement le FN et ce &#224; quoi la d&#233;mocratie est vuln&#233;rable. Et d'abord parce que les usages qui en sont faits imposent une vision normative du jeu d&#233;mocratique.&lt;BR&gt; Si l'on examine ses pratiques politiques plut&#244;t que ses discours, ressurgit un FN d&#233;saccord&#233; avec l'image qui lui est pr&#234;t&#233;e. Contrairement aux conclusions vite admises qui le montrent &quot;populaire&quot; &#224; la base, &quot;notabilis&#233;&quot; dans sa repr&#233;sentation au pr&#233;texte qu'il a accept&#233; de se plier aux r&#232;gles du jeu &#233;lectoral &#224; l'inverse du temps de son pass&#233; groupusculaire, il continue &#224; travailler une radicalit&#233; venue de son pass&#233; et des diff&#233;rents groupements politiques qu'il continue &#224; rassembler : liaisons avec des groupes extr&#233;mistes radicaux en France ou &#224; l'&#233;tranger, avec des personnalit&#233;s au pass&#233; et au pr&#233;sent id&#233;ologiques plus que &quot;sulfureux&quot;, entretien d'un militantisme ultra violent que ce soit par le vocabulaire utilis&#233; pour d&#233;crire les &quot;ennemis&quot;, par les armes employ&#233;es contre eux et par ses modes d'action. Ne retenir que l'un ou l'autre de ces deux aspects du FN serait cependant une erreur : il est les deux &#224; la fois. Ce double visage qui est aussi un double jeu constitue son identit&#233; politique concr&#232;te et r&#233;v&#232;le une particularit&#233; inaper&#231;ue : les cadres du FN sont des professionnels exp&#233;riment&#233;s &#224; la fois dans l'hostilit&#233; &#224; la d&#233;mocratie et dans les r&#232;gles du jeu d&#233;mocratique. C'est cette dualit&#233; qui leur offre un r&#233;pertoire d'actions et de justifications bien plus ouvert que ce qu'il ne le semble de prime abord et surtout bien plus corrosif sur les croyances d&#233;mocratiques voulant que le passage par le suffrage universel acclimate ceux qui en usent &#224; la d&#233;mocratie.&lt;BR&gt; Pris par le mot de &quot;populisme&quot; et d'autant plus prisonniers de la signification qu'ils lui ont donn&#233;e qu'elle re&#231;oit un assentiment &#233;largi de la part de leurs pairs et de ceux avec lesquels ils sont en concurrence, les &quot;experts&quot; en populisme concentrent leur attention sur le cas exemplaire qu'ils se sont choisis, le FN. Or ils s'apercevraient, s'ils &#233;largissaient leur focale, que le &quot;populisme&quot; n'est pas l'apanage des formules autoritaires : elle est une strat&#233;gie politique de nouvel entrant dans un jeu politique d&#233;mocratis&#233; marqu&#233; par la qu&#234;te des suffrages et du plus grand nombre et suppose pour avoir quelques chances d'&#234;tre habit&#233;e avec succ&#232;s, un travail politique de vraisemblance de la part de ceux qui l'adoptent visant &#224; cr&#233;er le &quot;peuple&quot; mobilis&#233; pour mieux en rencontrer les pr&#233;occupations concr&#232;tes. Le &quot;populisme&quot; en ressort beaucoup moins pathologique ou exceptionnel que ce qu'il en est dit : il devient une pratique politique ordinaire parmi d'autres pour des acteurs sans position affermie dans une comp&#233;tition politique professionnalis&#233;e dans la lutte &#233;lectorale mais aussi dans l'obtention de la reconnaissance du droit d'y participer.&lt;BR&gt; Comment alors le &quot;recours au peuple&quot; a-t-il pu &#234;tre &#224; ce point aujourd'hui ressenti et compris comme une anomalie politique pour qu'il soit pens&#233; et pr&#233;sent&#233; sous la figure de l'extraordinaire et de la menace pour la d&#233;mocratie ? Ce n'est plus vers le &quot;peuple&quot; que l'analyse doit se porter mais vers tous ceux qui l'invoquent en &#233;voquant le &quot;populisme&quot;. L'on peut se demander si la fortune actuelle du &quot;populisme&quot; chez les interpr&#232;tes de la politique n'indique pas une &#233;l&#233;vation symbolique du seuil d'acc&#232;s &#224; la parole politique autoris&#233;e allant dans le sens d'une d&#233;l&#233;gitimation de tous ceux pour qui le peuple est une cause &#224; d&#233;fendre au profit de la l&#233;gitimation de ceux pour qui le peuple est un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre. Si l'on est bien loin de l'autoritarisme populaire, peut-&#234;tre malgr&#233; tout n'est-on pas tr&#232;s &#233;loign&#233; d'une pr&#233;tention politiquement autoritaire dont la particularit&#233; est de s'avancer sous l'aur&#233;ole de l'expertise et de la science empiriquement fond&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;B&gt;Annie Collovald&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; Ma&#238;tre de conf&#233;rences en science politique &#224; l'Universit&#233; Paris X-Nanterre&lt;BR&gt; Auteur de Jacques Chirac et le gaullisme. Biographie d'un h&#233;ritier &#224; histoires, Paris, Belin, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;B&gt;&lt;A HREF=&quot;https://savoir-agir.org/analyses.htm&quot;&gt;Retour au portail th&#233;matique&lt;/A&gt;&lt;/B&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt; &lt;/body&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le populisme ou la d&#233;mocratie d&#233;peupl&#233;e, par Annie Collovald (Raisons d'agir)</title>
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		<description>Le populisme ou la d&#233;mocratie d&#233;peupl&#233;e Le populisme ou la d&#233;mocratie d&#233;peupl&#233;e Annie Collovald (Raisons d'agir)Ce texte est paru dans la revue Grain de sable (le journal &#233;lectronique d'Attac), n&#176;518 du 15 juin 2004 Populisme : le mot a envahi les commentaires au soir du 29 mai. Hommes politiques, journalistes, savants mobilis&#233;s pour donner leur avis d'expert sur les r&#233;sultats &#233;lectoraux l'ont convoqu&#233; et invoqu&#233; pour qualifier et surtout disqualifier les &#233;lecteurs du NON et tous ceux qui ont fait (...)

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&lt;a href="https://savoir-agir.org/-Textes-divers-.html" rel="directory"&gt;Textes divers&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Site du collectif Raisons d'Agir&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;sociologie,critique,Bourdieu,Collovald,raison,agir,raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Association Raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;Le populisme ou la d&#233;mocratie d&#233;peupl&#233;e&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;p ALIGN=&quot;center&quot;&gt;&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;FONT SIZE=5&gt;Le populisme ou la d&#233;mocratie d&#233;peupl&#233;e&lt;/FONT&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;FONT SIZE=4&gt;Annie Collovald (Raisons d'agir)&lt;/FONT&gt;&lt;/B&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt;Ce texte est paru dans la revue &lt;I&gt;Grain de sable&lt;/I&gt; (le journal &#233;lectronique d'Attac), n&#176;518 du 15 juin 2004&lt;/p&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;p&gt;Populisme : le mot a envahi les commentaires au soir du 29 mai. Hommes politiques, journalistes, savants mobilis&#233;s pour donner leur avis d'expert sur les r&#233;sultats &#233;lectoraux l'ont convoqu&#233; et invoqu&#233; pour qualifier et surtout disqualifier les &#233;lecteurs du NON et tous ceux qui ont fait campagne contre le projet de trait&#233; constitutionnel. &quot;Virus populiste&quot;, &quot;&#233;pid&#233;mie de populisme&quot; : le recours aux m&#233;taphores m&#233;dicales signalaient l'anomalie scandaleuse de l'issue &#233;lectorale et son caract&#232;re pathologique pour la d&#233;mocratie et l'Europe. Il autorisait jugements injurieux - &quot;bunker nationaliste&quot;, vision &quot;ferm&#233;e&quot; du monde, impulsion x&#233;nophobe - et rapprochements politiques discr&#233;ditants - les extr&#234;mes auraient d&#233;montr&#233; leur profonde complicit&#233; et les repr&#233;sentants et &#233;lecteurs de gauche auraient m&#234;l&#233; sans sourciller leur voix &#224; celle de Jean-Marie Le Pen. &quot;Anti-europ&#233;ens&quot; et anti-d&#233;mocratiques dans l'&#226;me ou par cynisme, les porte-parole du NON auraient une fois de plus manipul&#233; la cr&#233;dulit&#233; d'&#233;lecteurs ignorants et d&#233;boussol&#233;s pr&#234;ts &#224; croire toutes les promesses simplistes cens&#233;es r&#233;soudre comme par magie leurs malheurs sociaux et port&#233;s par leur ressentiment contre les &quot;&#233;lites&quot; et contre les &quot;&#233;trangers&quot;. T&#233;moignerait de leur &quot;basse culture politique&quot; leur faible niveau de dipl&#244;me - BAC ou BAC+2 - ne les prot&#233;geant pas, &#224; l'inverse des &#233;lecteurs du OUI plus titr&#233;s scolairement, des d&#233;rives irrationnelles de la d&#233;raison politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nulle surprise dans ces interpr&#233;tations : elles s'inscrivent dans la lign&#233;e des commentaires qui ont fait flor&#232;s en 2002 pour expliquer l'inexplicable ascension de Jean-Marie Le Pen au second tour des pr&#233;sidentielles. C'&#233;tait d&#233;j&#224; la crise et les frustrations sociales, le manque d'&#233;ducation, le rejet des immigr&#233;s et des &#233;lites qui rendaient compte des votes FN en insistant, sur la foi de sondages, sur l'engouement subjugu&#233; des classes populaires pour le charisme de Le Pen et de ses id&#233;es x&#233;nophobes. Une diff&#233;rence pourtant : ces consid&#233;rations sont d&#233;sormais &#233;largies &#224; toutes les oppositions politiques. Mieux qu'en 2002, appara&#238;t ainsi au grand jour l'implicite des usages actuels du &quot;populisme&quot; : fonctionnant &#224; l'injure et aux pr&#233;jug&#233;s sociaux et non &#224; l'analyse empiriquement fond&#233;e, ils participent &#224; une red&#233;finition de l'acceptable et de l'inacceptable en politique dont l'enjeu est l'imposition d'une d&#233;mocratie r&#233;serv&#233;e aux seuls &quot;initi&#233;s&quot; et &quot;capacitaires&quot; : une d&#233;mocratie sans repr&#233;sentants, faite par et pour des &quot;experts&quot;. Rien ne l'illustre mieux que les revirements qu'a connus la notion de populisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On mesure alors l'ampleur de la r&#233;volution id&#233;ologique accomplie entre hier et aujourd'hui en se reportant aux usages &#224; la fois politiques et savants qui avaient cours avant que le mot ne devienne une cat&#233;gorie dominante d'interpr&#233;tation du FN. Longtemps absent du vocabulaire public de la pol&#233;mique politique o&#249; &#233;taient pr&#233;f&#233;r&#233;s des termes comme &quot;d&#233;magogie&quot; ou &quot;poujadisme&quot;, le &quot;populisme&quot; servait, selon la d&#233;finition de L&#233;nine, &#224; d&#233;noncer une strat&#233;gie d&#233;voy&#233;e de mobilisation du peuple contre ses propres int&#233;r&#234;ts et contre ses principaux d&#233;fenseurs. Dans l'univers scientifique traitant de la vie politique, il &#233;tait employ&#233; aux Etats-Unis pour d&#233;signer les solutions archa&#239;ques et autoritaires trouv&#233;es par les pays du Tiers Monde acc&#233;dant avec retard &#224; la d&#233;mocratie et en France par des sp&#233;cialistes du monde communiste pour critiquer son ouvri&#233;risme. Si le mot stigmatisait, c'&#233;tait ainsi moins pour insister sur la dangerosit&#233; d'une mobilisation politique &quot;directe&quot; du peuple que sur le danger que repr&#233;sentaient pour le peuple des pr&#233;tentions &#224; le d&#233;fendre venues d'intellectuels ou d'hommes politiques ne faisant que projeter sur lui leurs propres aspirations et leurs propres int&#233;r&#234;ts. A ce renversement radical des points de vue, va s'associer une version du populisme dans laquelle le faux-semblant est pris pour la r&#233;alit&#233; (1).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La notion, lanc&#233;e par P.-A. Taguieff et reprise, sans inventaire, par les autres savants fran&#231;ais &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1980 (une fraction des historiens et de la science politique pensant la vie politique &#224; partir des id&#233;es ou des id&#233;ologies profess&#233;es et non &#224; partir d'une analyse sociologique des pratiques politiques) est directement issue de d&#233;bats am&#233;ricains, tr&#232;s localis&#233;s id&#233;ologiquement, portant sur la &quot;nouvelle droite&quot;. S'opposant &#224; d'autres d&#233;finitions en cours aux Etats-Unis tant dans l'univers savant qu'&#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, cette version du populisme s'efforce de donner une apparence populaire et d'&#233;thique philanthropique &#224; une entreprise n&#233;oconservatrice sur le plan &#233;conomique et politique, pour mieux la pr&#233;senter comme r&#233;volutionnaire contre les conservateurs jug&#233;s d&#233;pass&#233;s. L'enjeu n'est pas, ainsi, de bouleverser l'ordre &#233;tabli au profit des groupes les plus d&#233;munis ; il est de le bouleverser au profit de ces nouveaux pr&#233;tendants bien plus radicaux dans le lib&#233;ralisme &#233;conomique que l'ancienne &#233;lite n&#233;olib&#233;rale. Faire du &quot;populisme&quot; ici ne consiste pas &#224; valoriser le peuple, mais &#224; se servir de lui pour conf&#233;rer un semblant de l&#233;gitimit&#233; sociale &#224; une cause qui lui est &#233;trang&#232;re. C'est dire combien les usages actuels de &quot;populisme&quot; abusent de la r&#233;alit&#233; en pr&#234;tant au FN un caract&#232;re populiste ou populaire. Ils dissimulent l'histoire politique de la notion mais aussi l'enjeu politique qu'a constitu&#233; initialement &quot;l'appel au peuple&quot;. L'appel au peuple, en effet, a d'abord consist&#233; en une pratique de mobilisation des groupes d&#233;favoris&#233;s par le syst&#232;me de domination sociale et politique existant et une entreprise entendant r&#233;aliser l'&#233;mancipation politique des plus d&#233;munis en leur donnant une dignit&#233; et une voix dont ils &#233;taient priv&#233;s. C'est cette participation populaire &#224; l'av&#232;nement concret de la d&#233;mocratie que tend &#224; faire oublier aujourd'hui l'accusation de populisme adress&#233;e au FN et &#224; tous ceux qui osent s'opposer &#224; l'ordre politique &#233;tabli. En l'occultant, elle fait des groupes populaires un peuple indiff&#233;rent et &#233;tranger &#224; l'histoire de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On comprend mieux d&#232;s lors l'efficacit&#233; politique redoutable des usages actuels du populisme et de la repr&#233;sentation stigmatisante des groupes sociaux les plus d&#233;munis. En justifiant la sup&#233;riorit&#233; morale des &#233;lites sociales et politiques &#233;tablies, elle autorise le retour de th&#232;ses r&#233;actionnaires ou hautement conservatrices comme celle, &#233;nonc&#233;e lors de la trilat&#233;rale dans les ann&#233;es 1970, voulant que les d&#233;mocraties soient ingouvernables lorsqu'elles sont soumises &quot;&#224; une surcharge de demandes populaires&quot; et qu'il y ait n&#233;cessit&#233; &#224; lutter contre les &quot;exc&#232;s de d&#233;mocratie&quot;. Mieux vaut, face &#224; un peuple r&#233;actionnaire et incomp&#233;tent, une d&#233;mocratie fonctionnant sans lui. Une d&#233;mocratie censitaire ou autoritaire ?&lt;/p&gt; &lt;FONT SIZE=2&gt;&lt;p&gt;(1) Sur tous ces points, Collovald A., Le &quot;populisme du FN&quot; : un dangereux contresens, Broissieux, Ed. du Croquant, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/FONT&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;B&gt;Annie Collovald, Universit&#233; Paris X-Nanterre, LASP&lt;/B&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;B&gt;&lt;A HREF=&quot;https://savoir-agir.org/analyses.htm&quot;&gt;Retour au portail th&#233;matique&lt;/A&gt;&lt;/B&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt; &lt;/body&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le &quot;vote Le Pen&quot; : la faute au populaire ? par Annie Collovald (Raisons d'agir)</title>
		<link>https://savoir-agir.org/Le-vote-Le-Pen-la-faute-au.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>Ce texte est paru dans la revue Vacarme en juillet 2002 Quelle bien &#233;trange conjoncture a cr&#233;&#233;e le succ&#232;s du FN au premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles ! Apr&#232;s avoir r&#233;v&#233;l&#233; la faillite politique de la droite et de la gauche &quot;gouvernementales&quot;, il signe celle des commentateurs attitr&#233;s de la vie politique. Cet &#233;chec &#224; comprendre la situation pr&#233;sente ne saurait pourtant surprendre : il n'est que l'ultime indicateur empirique (dont on se serait bien dispens&#233;) des collusions anciennes entre droite et (...)

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&lt;a href="https://savoir-agir.org/-Textes-divers-.html" rel="directory"&gt;Textes divers&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est paru dans la revue Vacarme en juillet 2002&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle bien &#233;trange conjoncture a cr&#233;&#233;e le succ&#232;s du FN au premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles ! Apr&#232;s avoir r&#233;v&#233;l&#233; la faillite politique de la droite et de la gauche &quot;gouvernementales&quot;, il signe celle des commentateurs attitr&#233;s de la vie politique. Cet &#233;chec &#224; comprendre la situation pr&#233;sente ne saurait pourtant surprendre : il n'est que l'ultime indicateur empirique (dont on se serait bien dispens&#233;) des collusions anciennes entre droite et gauche classiques et une large fraction de &quot;l'intelligentsia&quot; autoris&#233;e r&#233;unissant, dans une m&#234;me posture d'expertise de la d&#233;mocratie, nombre d'&#233;ditorialistes, de sondeurs, de sociologues, de politologues et d'historiens du &quot;temps pr&#233;sent&quot;. S'il faut s'indigner de l'indigence des explications avanc&#233;es, c'est qu'elles font gagner deux fois le FN, dans les urnes et dans les interpr&#233;tations, en construisant une r&#233;alit&#233; imaginaire et d&#233;politis&#233;e. A les lire, il n'est d'ailleurs m&#234;me pas certain que le FN n'ait pas d'abord gagn&#233; dans les commentaires avant de gagner &#233;lectoralement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fa&#231;on surprenante, en effet, ce n'est ni la pr&#233;sence ni le maintien dans le jeu politique d'un parti profond&#233;ment anti-d&#233;mocratique qui suscitent l'indignation collective (puisqu'il est l&#224; depuis les Europ&#233;ennes de 1984) mais sa perc&#233;e victorieuse dans la comp&#233;tition la plus ferm&#233;e et la plus embl&#233;matique de la d&#233;mocratie version Ve R&#233;publique. Il y aurait l&#224; beaucoup &#224; &#233;crire sur la construction d'une perception intellectuelle et politique largement partag&#233;e d'une d&#233;mocratie prot&#233;g&#233;e des risques que fait encourir l'extr&#234;me droite et qui ne se r&#233;sument qu'&#224; ses possibles succ&#232;s &#233;lectoraux. Dire que les commentaires dont a fait l'objet le FN depuis les ann&#233;es 1990 y ont contribu&#233; est presqu'un euph&#233;misme ; ils ont sans cesse, pour des raisons diff&#233;rentes, &#224; la fois sous-estim&#233; ce parti jusqu'&#224; en annoncer la fin au pr&#233;texte du divorce entre Jean-Marie Le Pen et Bruno M&#233;gret et particip&#233; &#224; lui donner une autre identit&#233; que la sienne (le &quot;populisme&quot; ou le &quot;national-populisme&quot;) bien plus respectable dans le discr&#233;dit que celle de &quot;fasciste&quot; ou &quot;d'extr&#234;me droite&quot; : ce dont les dirigeants du FN leur sauront gr&#233; puisqu'ils revendiqueront pour eux-m&#234;mes et leur parti la qualification de populisme. Mais ce ne sont pas simplement les identifications du ph&#233;nom&#232;ne qui ont &#233;t&#233; brouill&#233;es, c'est &#233;galement le sens des analyses &#224; tenir qui a &#233;t&#233; renvers&#233; ainsi qu'en t&#233;moignent les multiples commentaires empress&#233;s et d&#233;boussol&#233;s par le d&#233;menti pratique que leur apportait le score de Jean-Marie Le Pen aux lendemains du premier tour.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le vote FN : un vote de &quot;paum&#233;s&quot; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit aujourd'hui ou hier, depuis 1984 et le score de Jean-Marie Le Pen aux Europ&#233;ennes, c'est toujours la stupeur ou la surprise qui tient lieu de r&#233;action devant les succ&#232;s &#224; r&#233;p&#233;tition de ce parti. Pourtant on peut rappeler qu'au premier tour des pr&#233;sidentielles, il a conquis 900 000 voix de plus qu'en 1995 (c'est beaucoup certes, c'est peu par rapport &#224; &quot;l'horreur&quot; que soudain sa pr&#233;sence suscite comme s'il s'agissait d'un raz-de-mar&#233;e inattendu). Le soulagement du deuxi&#232;me tour comme si ce qu'il repr&#233;sentait avait &#233;t&#233; jugul&#233; appartient au m&#234;me registre de l'incompr&#233;hension. Apparemment, que le FN ait conquis des mairies apr&#232;s avoir obtenu des si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, qu'il compte plusieurs centaines d'&#233;lus locaux (conseillers municipaux, d&#233;partementaux et r&#233;gionaux) et quelques d&#233;put&#233;s europ&#233;ens, qu'il passe &#224; la t&#233;l&#233;vision, &#224; la radio ou dans les rubriques de presse ne para&#238;t pas avoir fait comprendre que ce parti est implant&#233; d&#233;sormais depuis 15 ans dans la vie politique, qu'il s'est professionnalis&#233; aux r&#232;gles formelles du jeu d&#233;mocratique et que cela lui assure &#224; la fois une base de mobilisation comme c'est le cas pour tout autre parti politique et une palette de tactiques et de strat&#233;gies bien plus large que lorsqu'il n'&#233;tait qu'un groupuscule d'activistes situ&#233; hors de l'ar&#232;ne politique et ne recourant qu'&#224; la violence physique. A croire que ce qui choque les observateurs soit moins son maintien constant dans la vie politique et l'&#233;rosion morale qu'il provoque, que son c&#244;t&#233; d&#233;concertant de briseur des routines d'un jeu politique r&#233;serv&#233; pour les seuls initi&#233;s (les partis de &quot;gouvernement&quot; et les professionnels autoris&#233;s de leur analyse). On crie &#224; juste titre &#224; la d&#233;gradation de l'image de la R&#233;publique mais c'est depuis maintenant plusieurs ann&#233;es que la repr&#233;sentation de Marianne s'est ab&#238;m&#233;e et pas simplement symboliquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; succ&#232;s &quot;exceptionnel&quot;, explication par l'exceptionnel ; c'est la &quot;crise&quot; qui porterait le FN aux nues &#233;lectorales : crise de la politique, crise de la soci&#233;t&#233;, crise urbaine maintenant crise rurale (il a gagn&#233; des voix dans les campagnes, donc&#8230;). Il n'est pas innocent alors que, parmi ses &#233;lecteurs, ce soient les groupes populaires et les ch&#244;meurs qui soient mis en avant, gagnant ainsi involontairement une visibilit&#233; qu'ils ne connaissaient plus depuis longtemps dans les pr&#233;occupations des &quot;responsables&quot; de toutes sortes. Vivant des exp&#233;riences critiques qui les &quot;excluraient&quot; du monde social et emp&#234;cheraient leur &quot;bonne int&#233;gration&quot;, ils sont cens&#233;s &#234;tre &quot;d&#233;boussol&#233;s&quot;, &quot;anomiques&quot;, &quot;paum&#233;s&quot;, &quot;largu&#233;s&quot; et comme ils sont peu &#233;duqu&#233;s c'est-&#224;-dire sans dipl&#244;me certifi&#233; (c'est d&#251; &#224; la crise du syst&#232;me scolaire, derni&#232;re crise en date car l'&#233;cole ne sait plus pr&#233;parer les enfants &#224; devenir citoyens), ils &quot;protestent&quot; en suivant na&#239;vement tous les d&#233;magogues forts en gueule, Jean-Marie Le Pen le premier. Cela n'emp&#234;che pas, cependant, l'ensemble des &#233;lecteurs du FN d'avoir &quot;instrumentalis&#233;&quot; leurs r&#233;ponses aux sondages et leur vote et adress&#233; &quot;un message&quot; &#224; ceux qui nous gouvernent. Bref, des paum&#233;s mais, &#233;lectorat volatile ou &quot;zappeur&quot; oblige, quand m&#234;me rationnels sachant ma&#238;triser une parfaite strat&#233;gie de communication si l'on en croit les r&#233;actions des hommes politiques qui les ont &quot;entendus&quot; ou les sp&#233;cialistes du d&#233;cryptage de ce que &quot;veulent signifier&quot; les &#233;lecteurs qui voient en eux des &quot;tribunitiens&quot;. Que dire si ce n'est que ces propos sont affligeants ? Ce n'est pas seulement que leurs auteurs commettent des fautes d'interpr&#233;tations en inversant les perspectives &#224; tenir et en simplifiant radicalement la complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes politiques : c'est qu'ils manifestent une incapacit&#233; mentale &#224; comprendre, en confondant pr&#233;jug&#233;s et analyses, opinion personnelle et opinion scientifique, arguments d'autorit&#233; et d&#233;monstration contr&#244;l&#233;e et en ressuscitant des traditions d'analyse contestables et contest&#233;es en dehors de leur cercle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les preuves par le st&#233;r&#233;otype du pauvre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Reprenons rapidement les chiffres, les cartes et les comparaisons effectu&#233;es suppos&#233;s attester de l'objectivit&#233; des commentaires avanc&#233;s. Tout d'abord un pr&#233;alable et d'importance. Les statistiques propos&#233;es pour dresser le &quot;portrait robot&quot; des diff&#233;rents &#233;lectorats reposent sur des sondages. On croyait que cette m&#233;thode de recueil de donn&#233;es avait &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;e par les r&#233;sultats impr&#233;vus des derni&#232;res pr&#233;sidentielles ? Apparemment pas pour continuer &#224; redire et &#224; faire sous une forme plus cat&#233;gorique, ce qui est dit et fait depuis 15 ans. Nulle r&#233;flexion (ou autocritique ?) sur qui r&#233;pond et qui ne r&#233;pond pas, ce qui pose quelques probl&#232;mes puisque pr&#232;s de 30% des gens approch&#233;s refusent aujourd'hui de r&#233;pondre &#224; un sondage sans que l'on sache comment ils se r&#233;partissent socialement et politiquement. Nulle r&#233;flexion encore (mais c'est vrai, c'est du chipotage de sociologues critiques) sur ce que repr&#233;sente cette situation d'entretien, sur les sommations scolaires &#224; r&#233;pondre qu'elle impulse et sur les strat&#233;gies de d&#233;fausse dans les formes qu'elle suscite. Pourtant nombre de travaux classiques en sociologie ont montr&#233; que cette situation joue sur la bonne volont&#233; culturelle des moins scolaris&#233;s, que les groupes sociaux &quot;sup&#233;rieurs&quot; savent jouer des mises en forme de soi et des convenances r&#233;gl&#233;es de la conversation, que d&#233;clarer un vote FN &#224; un moment o&#249; les r&#233;sultats ne sont pas connus et alors qu'il est toujours per&#231;u comme stigmatis&#233; et stigmatisable met en jeu son prestige social. Ne peut-on pas alors se demander si les premiers &#224; d&#233;clarer leur vote n'appartiennent pas justement aux groupes populaires et &#224; ceux qui s'en sentent proches d'autant plus assign&#233;s &#224; r&#233;pondre qu'ils ne se sentent pas autoris&#233;s &#224; d&#233;cevoir l'enqu&#234;teur. Petite hypoth&#232;se mais qui fait changer les conclusions. Ainsi ce n'est pas que les groupes &quot;&#233;duqu&#233;s&quot; soient pr&#233;munis contre le vote FN, refuge pour tous les incultes : c'est qu'ils attendent sa reconnaissance pour avouer publiquement leurs pr&#233;f&#233;rences &#233;lectorales, ce qui ne dit absolument rien leurs pratiques effectives. Ceux qui &quot;sauveraient&quot; les sondages en quelque sorte et &quot;sauveraient&quot; cette d&#233;mocratie d'opinion appel&#233;e de tous leurs v&#339;ux par les r&#233;formateurs de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, ce serait pr&#233;cis&#233;ment les groupes populaires et non les autres. Il est vrai qu'un tel constat d&#233;passe les bornes mentales des jugements pr&#233;con&#231;us. Reste que du point de vue de la construction statistique, les chiffres avanc&#233;s ne valent que ce que valent les croyances plac&#233;es dans les sondages et dans l'image moralement s&#233;curisante qu'ils renvoient : peu de chose, juste un mirage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faisons comme si, cependant, l'on prenait au s&#233;rieux les statistiques et les commentaires qui les accompagnent. En 2002, 23% des ouvriers, 16,8% des &quot;retrait&#233;s et inactifs&quot; ont vot&#233; Le Pen ; ils &#233;taient respectivement 23% et 11% en 1995. Questions : pourquoi se focaliser sur les premiers quand la progression s'effectue chez les seconds ? Pourquoi confondre les seconds avec les ch&#244;meurs, autre cat&#233;gorie floue et purement administrative qui ne dit rien sur leur identit&#233; sociale (jeunes, vieux cadres, ouvriers) ? Il ne s'agit pas de nier ici que des membres des groupes populaires et des ch&#244;meurs ont vot&#233; FN, c'est s'interroger sur la raison pour laquelle ils pr&#233;cipitent autant l'attention vigilante des commentateurs et conqui&#232;rent ainsi une visibilit&#233; qu'ils ne connaissaient plus depuis longtemps dans les pr&#233;occupations des responsables de toutes sortes. On en a peut-&#234;tre une explication dans la situation contradictoire qu'a cr&#233;&#233;e chez eux l'arriv&#233;e impromptue de Jean-Marie Le Pen au second tour. Leurs anticipations ayant &#233;t&#233; d&#233;menties, ils se retrouvent &#224; devoir dans l'urgence improviser des analyses sur un mouvement sur lequel ils ne connaissent pas grand-chose si ce n'est ce qu'ils ont d&#233;j&#224; dit. Le probl&#232;me pour eux c'est que ce qu'ils ont d&#233;j&#224; &quot;constat&#233;&quot; est contradictoire justement avec le succ&#232;s du FN (par exemple que depuis 1999 le FN n'existait plus). Comme plus rien ne tient dans ce qu'ils se sont pr&#233;par&#233;s &#224; dire, ils reprennent ce qui a fait leur propre actualit&#233; lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1995, le vote populaire. C'est faire coup double. D'une part, cela soulage leur travail interpr&#233;tatif (c'est vrai, c'est fastidieux de comprendre qu'entre ces deux dates le FN a pu changer et comment il a pu changer) et leur sens de la morale (c'est plus s&#233;curisant de penser que ce sont les &quot;pauvres&quot; qui se reconnaissent dans un mouvement politique honteux et grossier plut&#244;t que les gens bien &#233;duqu&#233;s et socialis&#233;s) ; d'autre part cela permet de recouvrir leur racisme social de commentaires &#233;plor&#233;s sur les m&#233;faits du ch&#244;mage et de la pr&#233;carisation sociale (&#231;a, c'est la posture scientifique qui &quot;comprend&quot; sans excuser ou diaboliser). On a une illustration de leur &quot;objectivit&#233;&quot; lorsqu'on regarde une autre cat&#233;gorie sociale, celle des &quot;artisans, commer&#231;ants, chefs d'entreprise&quot; : ils &#233;taient 13% en 1995, ils sont 31% en 2002 &#224; voter FN. Une crise du commerce et du patronat peut-&#234;tre ? Etonnant que l'on n'en parle pas ! Sans doute cela signalerait-il par trop &#233;videmment deux choses. Premi&#232;rement que ce ne sont pas forc&#233;ment des sans grade qui se retrouvent dans le vote FN mais des gens bien install&#233;s (et int&#233;gr&#233;s) socialement. Deuxi&#232;mement que c'est la droite et non la gauche qui ne r&#233;ussit plus, aujourd'hui, &#224; retenir une client&#232;le &#233;lectorale qui se radicalise &#224; l'extr&#234;me. Apr&#232;s que la gauche a &#233;chou&#233; depuis plusieurs ann&#233;es &#224; retenir des &#233;lecteurs populaires dont certains ont gliss&#233; &#224; droite avant de se reporter sur l'extr&#234;me droite, la droite serait atteinte par une h&#233;morragie de ses anciens soutiens. La th&#232;se alors du &quot;gaucho-lep&#233;nisme&quot; en sort quelque peu &#233;branl&#233;e. Qu'importe. Elle a conquis pr&#233;c&#233;demment par la simplicit&#233; de son &#233;vidence nombre de commentateurs politiques. D&#233;sormais beaucoup sous-entendent, &#224; partir d'un syllogisme erron&#233;, que puisqu'&#224; l'&#233;croulement des bastions ouvriers succ&#232;de une mont&#233;e du FN c'est que les &#233;lecteurs communistes sont pass&#233;s avec arme et bagage dans les rangs des supporteurs de Jean-Marie Le Pen (ce que d'ailleurs n'avan&#231;ait pas le &quot;gaucho-lep&#233;nisme&quot;, le &quot;gaucho&quot; renvoyant plut&#244;t aux socialistes). Le peu d'enqu&#234;tes s&#233;rieuses men&#233;es sur le &quot;virage du rouge au brun&quot; des anciennes citadelles communistes montrent que cela est faux. La r&#233;ussite FN est d'abord li&#233;e &#224; la mobilisation &#233;lectorale d'anciens abstentionnistes de droite et les &#233;lecteurs PCF retournent l&#224; o&#249; tout les inclinait socialement &#224; &#234;tre sans le r&#244;le politique du PCF et l'inculcation d'une culture politique collective : chez ceux qui se d&#233;sint&#233;ressent de la politique et ne r&#233;pondent pas aux sollicitations &#233;lectorales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Admettons encore comme certaines les explications du vote FN par les seuls m&#233;faits du ch&#244;mage, de la pr&#233;carisation et de l'ins&#233;curit&#233; sociales (tiens au fait, de telles consid&#233;rations sociales n'&#233;taient pas &#233;voqu&#233;es aux d&#233;buts de la campagne pr&#233;sidentielle, sans doute un effet de la vigilance sourcilleuse port&#233;e au bilan s&#233;rieux et responsable du Premier ministre Lionel Jospin insistant sur ses avanc&#233;es : baisse du ch&#244;mage et mesures de protection sociale r&#233;alis&#233;es). Mais alors on ne peut que s'&#233;tonner devant l'extr&#234;me faiblesse du score de Jean-Marie Le Pen. Pourquoi tous les pauvres, les paum&#233;s et les laiss&#233;s pour compte du lib&#233;ralisme &#233;conomique ne votent-ils pas plus pour le FN ? D'autant plus que celui-ci est pr&#233;sent&#233;, gr&#226;ce &#224; l'accr&#233;ditation &quot;savante&quot;, m&#233;diatique et politique des pr&#233;tentions de son leader, comme le parti qui d&#233;fend les plus fragiles socialement et prend en charge leur &quot;m&#233;contentement&quot; ? Apr&#232;s tout, ils sont les plus nombreux (pr&#232;s de 8 millions si l'on se reporte au dernier recensement de la population et exclusivement au monde ouvrier - 6,1 millions - et aux ch&#244;meurs) et ils devraient submerger la d&#233;mocratie de leurs votes &quot;protestataires&quot;. Il faudrait l&#224; se demander, contrairement &#224; tout ce qui s'&#233;crit et se pense sur l'autoritarisme des classes populaires et/ou sur leur propension bien connue au d&#233;foulement de leurs instincts et de leurs ressentiments &quot;anti-&#233;lite&quot;, s'il n'existe pas - encore mais pour combien de temps - des verrous moraux qui font rester fid&#232;les &#224; leurs anciennes remises de soi tous ceux-l&#224; qui, d&#233;laiss&#233;s, trahis et injuri&#233;s parfois par ceux qui pr&#233;tendent &#234;tre leurs porte-parole, tentent de conserver leur dignit&#233; en croyant toujours en leurs id&#233;aux pass&#233;s ou en se r&#233;fugiant, par protection, dans l'indiff&#233;rence silencieuse. Qui dit mieux comme loyaut&#233; politique au regard des multiples reconversions et reniements imperceptibles ou proclam&#233;s, &#224; droite comme &#224; gauche, dans les classes moyennes comme dans les classes sup&#233;rieures, qui se sont produits et se produisent encore ? Mais c'est vrai que le populaire se &quot;porte&quot; mal en politique depuis longtemps, qu'il n'est plus vraiment &quot;tendance&quot; tant il est devenu un st&#233;r&#233;otype n&#233;gatif au fur et &#224; mesure de l'abandon et de la r&#233;organisation de tous les espoirs messianiques, intellectuels et politiques, plac&#233;s en lui ; et l'on comprend la place rendue ainsi disponible pour une force politique en qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique qui ne r&#233;pugne pas &#224; s'habiller de stigmates pour mieux les retourner contre &quot;l'establishment&quot; politique (&quot;Je suis la b&#234;te immonde qui monte, qui monte&#8230;&quot; dit Jean-Marie Le Pen) et &#224; jouer publiquement de la d&#233;mocratie (la souverainet&#233; nationale) contre la d&#233;mocratie (repr&#233;sentative).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une lep&#233;nisation envahissante&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le jeu du FN est d'autant plus facilit&#233; que justement le populaire lui est abandonn&#233; par l'ensemble des organisations politiques &quot;classiques&quot; et que la mobilisation politique populaire est constitu&#233;e en signe de crise et de menace : pour une opposition d'extr&#234;me droite qui peine &#224; se faire accepter publiquement, quelle meilleure reconnaissance r&#234;v&#233;e que d'&#234;tre accr&#233;dit&#233;e du soutien du &quot;peuple&quot; et d'une port&#233;e critique ? Elle trouve un concours moins inattendu qu'il ne le semble dans les interpr&#233;tations qui sont donn&#233;es des ralliements &#233;lectoraux et qui avalisent le discours du dirigeant frontiste en faisant de ses &quot;id&#233;es&quot; une des raisons des votes qu'il obtient (premi&#232;re question pos&#233;e par les sondages aux &#233;lecteurs : avez-vous voulu protester quand vous avez vot&#233; ?, le cauchemar intellectuel continue). Rien ne l'atteste mieux que les cartes et les comparaisons &quot;historiques&quot; avanc&#233;es. Ah ! les g&#233;ographes, les cartographes, les politologues et les historiens exp&#233;riment&#233;s : o&#249; vont-ils donc ressourc&#233; leur imagination explicative apr&#232;s le d&#233;menti de leurs pr&#233;visions ? Comme auparavant, dans les discours de Le Pen. Et de mettre en parall&#232;le la r&#233;partition spatiale des votes FN avec celle de la criminalit&#233;, th&#232;se s&#233;curitaire oblige (une premi&#232;re dans les annales m&#234;me si elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par des questions pos&#233;es aux &#233;lecteurs comme : &quot;avez-vous &#233;t&#233; agress&#233; derni&#232;rement ?&quot;. G&#233;n&#233;ralement, c'est pour conclure que cela ne marche pas vraiment, sauf dans certaines zones g&#233;ographiques, un effet de &quot;halo&quot; sans doute) ; parall&#232;le avec la carte de l'immigration, th&#232;se s&#233;curitaire oblige encore (c'est d&#233;j&#224; plus habituel depuis 1986 et le succ&#232;s parlementaire du FN : l&#224; de fa&#231;on globale &#231;a marche tr&#232;s bien et si, canton par canton et ville par ville, &#231;a ne colle pas, le &quot;halo&quot; pr&#233;c&#233;demment cit&#233; est en cause ; comme on dit, quand on a la bonne explication qui gagne dans les m&#233;dias mieux vaut s'y tenir quitte &#224; l'arranger quelque peu). Et de mettre en perspective historique le score frontiste actuel avec son propre pass&#233; et avec celui d'autres mouvements politiques r&#233;put&#233;s en avoir &#233;t&#233; les pr&#233;curseurs, histoire de redonner au &quot;temps long&quot; des id&#233;es politiques son &#233;paisseur scientifique : 1988, 1995, 2002, 1956 et la carte du poujadisme, dommage que celle du boulangisme ne soit pas pr&#234;te &#224; l'emploi, la boucle du tautologisme serait d&#233;finitivement boucl&#233;e tant c'est &#224; l'aune de Jean-Marie Le Pen que sont d&#233;crites les figures politiques des temps r&#233;volus. Mais il suffit, les mots bien s&#251;r parlant d'eux-m&#234;mes, de citer les propos bien choisis du G&#233;n&#233;ral La Revanche pour v&#233;rifier sans plus d'inventaire que lui et Jean-Marie Le Pen sont bien de la m&#234;me eau saum&#226;tre du &quot;nationalisme ferm&#233;&quot; voulant renvoyer hors de France tous les &#233;trangers. (Il est vraiment de peu d'int&#233;r&#234;t de savoir que pour Boulanger, l'&#233;tranger c'&#233;tait l'ennemi Allemand et pour Le Pen ce sont les immigr&#233;s, que le premier n'&#233;tait pas politiquement raciste et que le second l'est ou plus anecdotique encore qu'entre ces eux leaders s'est &#233;coul&#233; plus d'un si&#232;cle pendant lequel la question de l'immigration a eu le temps de compl&#232;tement chang&#233; de sens et de signification au point de devenir l'enjeu politique principal des partis en pr&#233;sence).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une conclusion, qui s'impose d'elle-m&#234;me ; il existe trois France mais qui se r&#233;sument &#224; deux : la France &quot;gouvernementale&quot; et celle des &quot;tribunitiens&quot; qui rassemblent extr&#234;me gauche et extr&#234;me droite : c'est bien connu aussi, l'intuition ne trompant jamais, les extr&#234;mes se ressemblent (Ah, au fait, le PCF n'appartient plus aux tribunitiens et l'on ne peut que se f&#233;liciter pour lui qu'une fois presque disparu politiquement il acc&#232;de &#224; une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique qu'il n'avait jamais de son vivant r&#233;ussi &#224; obtenir, mais c'est vrai le populaire n'est beau que &quot;mort&quot;). On savait d&#233;j&#224;, gr&#226;ce aux travaux de certains historiens du temps pr&#233;sent publicis&#233;s &#224; la &quot;une&quot; de quotidiens, qu'il existait deux France, celle de l'Affaire Dreyfus et celle des autres, tous les affreux contre-r&#233;volutionnaires qui, de 1789 en passant par le boulangisme, l'Action Fran&#231;aise, les ligues des ann&#233;es 30, Vichy jusqu'&#224; aujourd'hui, ont continuit&#233; leur lutte contre la Gueuse. On est r&#233;confort&#233; d'apprendre que malgr&#233; les transformations de contexte historique et politique, malgr&#233; aussi les modifications de la gauche et de la droite dans le cours du temps, malgr&#233; encore les m&#233;tamorphoses de l'extr&#234;me droite, malgr&#233; enfin les changements d'enjeux politiques et les recompositions id&#233;ologiques, ces deux France existent toujours (le vote Maastricht nous avait d'ailleurs d&#233;j&#224; rassur&#233; sur ce point) ; que de leur &quot;guerre civile&quot; pacifique, la premi&#232;re, la plus belle, celle des d&#233;fenseurs des droits universels de l'homme, ressort toujours victorieuse (inutile de s'inqui&#233;ter alors, on conna&#238;t d&#232;s &#224; pr&#233;sent la fin de l'histoire), et qu'elle a constamment immunis&#233; la R&#233;publique des dangers que repr&#233;sentait la troisi&#232;me droite (le bonapartisme), surtout de son avatar honteux, le fascisme, &#224; tel point d'ailleurs qu'il n'a jamais exist&#233; en France. La pr&#233;sence du FN dans la comp&#233;tition la plus embl&#233;matique de la Ve R&#233;publique est certes un peu g&#234;nante surtout quand descendent dans la rue plus d'un million de manifestants qui pr&#233;tendent lutter contre le fascisme. Qu'importe, il suffit, pour rester en prise avec l'actualit&#233; et rester de son temps, de modifier l'interpr&#233;tation historienne du FN qui pr&#233;valait jusqu'alors - un &quot;national-populisme&quot; uniquement redevable de la Contre r&#233;volution et surtout pas de la droite r&#233;volutionnaire dans laquelle Zee Sternhell voit la matrice du fascisme fran&#231;ais - et de lui attribuer une filiation nouvelle que jusqu'alors il ne connaissait pas : le parti fasciste de Doriot. On vit une &#233;poque bouleversante. C'est vrai, quoi, maintenant l'histoire pr&#233;sente peut changer les cours de l'histoire politique pass&#233;e, un &quot;devoir de m&#233;moire&quot; sans doute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#234;me &quot;trouble&quot; du commentaire se remarque dans le profilage des &quot;tribunitiens&quot;. On le comprend tr&#232;s vite, se retrouvent l&#224; tous les &quot;archa&#239;ques&quot;, les d&#233;pass&#233;s, les menac&#233;s, les anti-modernes, nul d'entre eux n'&#233;chappant &#224; la lecture moralisante de la politique qui, d&#233;partageant le bon grain de l'ivraie, en profite pour d&#233;consid&#233;rer toutes les oppositions politiques en les d&#233;finissant comme des petits Le Pen en puissance (premi&#232;re remarque d'un sp&#233;cialiste apr&#232;s le second tour : &quot;les &#233;lecteurs des diff&#233;rentes extr&#234;me gauche ne se sont pas report&#233;s sur le leader du FN&quot;, une v&#233;ritable surprise non ?). Une preuve du danger que constitue le FN ? Son caract&#232;re anti-moderne, le comble, n'est-ce pas, en ces moments o&#249; la modernit&#233; affirme les avenirs radieux qu'elle promet (l'Europe, l'Etat modeste, la d&#233;mocratie ou la R&#233;publique de proximit&#233;, la r&#233;ussite aux plus comp&#233;tents, la guerre juste, la d&#233;fense de causes morales et humanitaires). Un indicateur de cette affirmation &#233;bouriffante ? Et bien comparons la g&#233;ographie du travail des femmes, signe par excellence de la modernit&#233;, avec celle du vote FN et nous trouverions, tout comme Herv&#233; Le Bras dans Lib&#233;ration, qu'elles ne se recouvrent pas, dingue non ? Cela l'est moins quand on sait que les femmes votent moins pour le FN que les hommes. Passons&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Et si l'on parlait un peu politique ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On ne s'attardera pas (ce serait vraiment trop long) sur les contradictions existant d'un commentaire &#224; l'autre dans les pages du m&#234;me journal, voire &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me commentaire ou avec ce que le m&#234;me commentateur avait dit auparavant, c'est-&#224;-dire avant que le FN ne fasse un tabac. Tout cela fait un peu d&#233;sordre et m&#234;me incons&#233;quent mais c'est de participer qui compte (sinon la place risque d'&#234;tre prise par d'autres). Juste quelques suggestions qui empruntent aux hypoth&#232;ses de la sociologie politique la plus classique. Et si l'on mettait en parall&#232;le le succ&#232;s &#233;lectoral du FN avec d'autres cartes, juste pour faire p&#233;dagogique ? Par exemple, avec la r&#233;partition g&#233;ographique des &#233;lus frontistes (tous postes &#233;lectifs confondus) ? Avec la carte des alliances conclues entre FN et droite au niveau municipal, cantonal et r&#233;gional ? Avec la carte des pratiques et des discours s&#233;curitaires adopt&#233;s par les &#233;lus de droite et de gauche ? Ou encore, si l'on veut prendre le point de vue de l'histoire, si l'on mettait en rapport la mont&#233;e du FN avec la mont&#233;e, dans les pr&#233;occupations des responsables politiques de gauche et de droite, nationaux et europ&#233;ens, de la question de l'immigration ? de celle de la s&#233;curit&#233; ? Avec la mont&#233;e de consid&#233;rations ethniques et culturalistes dans la gestion des probl&#232;mes sociaux chez ces m&#234;mes responsables ? Ou plus simplement, si l'on tenait compte de la dur&#233;e de l'implantation du FN et des votes en sa faveur selon les zones g&#233;ographiques ? Sans doute s'apercevrait-on de plusieurs choses bien d&#233;concertantes. On verrait que l'&#233;lectorat du FN est moins homog&#232;ne que ce que sa d&#233;finition &quot;protestataire&quot; ou &quot;tribunitienne&quot; pr&#233;tend et qu'il existe un vote politiquement constitu&#233; depuis 1986 notamment dans les r&#233;gions nord-est et sud-est de la France (celui-ci, c'est pas un vote populaire ou &quot;largu&#233;&quot; et il ne risque pas d'&#234;tre volatile ou sensible aux mesures sociales !). De m&#234;me, r&#233;appara&#238;trait la contribution plus ou moins involontaire des autres acteurs politiques et de tous ceux qui les informent, les conseillent ou les influencent &#224; la constitution de probl&#232;mes publics qui rencontrent voire utilisent les pr&#233;occupations des dirigeants frontistes et leurs mani&#232;res de les pr&#233;senter. On s'apercevrait aussi qu'en certains lieux un &#233;lu ou un candidat de droite ou de gauche peut tr&#232;s bien faire office de lep&#233;niste de service et que l'&#233;lectorat frontiste ne se lib&#232;re qu'&#224; l'occasion d'une comp&#233;tition o&#249; cet homme politique ne peut pas se pr&#233;senter (une &#233;lection pr&#233;sidentielle, par exemple). Bref, on pourrait commencer &#224; avancer quelques hypoth&#232;ses empiriques sur ce qui demeure une &#233;nigme : la persistance du FN alors m&#234;me qu'il est absent sur le terrain o&#249; il conquiert des voix. Avant d'en r&#233;f&#233;rer &#224; des explications par l'exceptionnel convenu - la magie du verbe lep&#233;niste, le pouvoir charismatique de Le Pen, la faute aux m&#233;dias - mieux vaudrait avouer que l'on sait peu de choses sur ce parti (les enqu&#234;tes comportant une r&#233;elle investigation sont rares en sociologie politique) et recourir aux m&#233;thodes d'analyses &#233;prouv&#233;es. Seraient enfin auscult&#233;es les conditions de possibilit&#233; et de durabilit&#233; de cette extr&#234;me droite conqu&#233;rante en revenant sur ce qui devrait &#234;tre une &#233;vidence : non sur les &quot;valeurs&quot; suppos&#233;es d&#233;tenues par les uns et les autres (ou la morale et l'&#233;thique personnelles dont les personnalit&#233;s politiques s'honorent ou non) mais sur la configuration du jeu politique, sur les compromis, les coups, les strat&#233;gies des autres forces politiques, sur les marges de jeu et d'existence qu'elles offrent &#224; un parti qui n'en esp&#232;re souvent pas tant, sur les mani&#232;res dont les politiques publiques d&#233;cid&#233;es ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es et leurs effets concrets sur les populations concern&#233;es, toujours &#233;loign&#233;s de ce qui a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; dans l'entre soi des comp&#233;tents : en clair sur les diff&#233;rentes &#233;lites politique, leurs concurrences et leurs &#233;carts de distinction et les situations sociales et politiques qu'elles contribuent &#224; fa&#231;onner. Le plus effarant dans tous ces commentaires (qui viennent le plus souvent d'&quot;hommes multiples&quot; &#224; la fois, journalistes, intellectuels, sociologues, politologues ou historiens, mais aussi conseillers, experts, acteurs politiques etc.), c'est qu'ils d&#233;politisent le traitement d'un parti politique profond&#233;ment anti-d&#233;mocratique alors que l'enjeu qu'il repr&#233;sente est &#233;minemment politique (et d&#233;mocratique). C'est qu'ils continuent &#224; faire penser la morale politique, celle qui s'appuie sur le sens pratique des professionnels de la politique et qui anime leurs prises de position, comme une affaire de morale individuelle, une affaire de &quot;grand homme&quot; ou de charisme plus ou moins vertueux et non comme une morale collective. Du coup ils emp&#234;chent de comprendre que c'est non pas les &quot;crises&quot; mais le fonctionnement r&#233;gulier de la d&#233;mocratie qui peut engendrer des monstres politiques ou comme l'&#233;crit Christophe Browning, un historien des crimes nazis, comment &quot;il existe une ordinaire humanit&#233; &#224; la plus extraordinaire inhumanit&#233;&quot;. Cette incapacit&#233; (mentale et morale) se rep&#232;re tr&#232;s bien dans le type de partage qu'ils op&#232;rent entre les forces politiques en pr&#233;sence.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Plut&#244;t Berlusconi que Haider ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Poser la question comme l'a fait un juriste dans les pages du Monde, c'est d&#233;j&#224; y r&#233;pondre, spontan&#233;ment. Enfin, comment ne pas voir le gouffre qui s&#233;pare un Pr&#233;sident du Conseil d&#233;mocratiquement &#233;lu et un trublion marqu&#233; par l'h&#233;ritage nazi dont la cooptation gouvernementale &#224; susciter un scandale et un effroi internationaux ? En la mati&#232;re pourtant, mieux vaut se d&#233;fier de la spontan&#233;it&#233;. Comme l'&#233;crivait Orwell, les fascistes ne reviendront pas le cr&#226;ne ras&#233; et la croix gamm&#233;e en &#233;tendard : ils reviendront le parapluie bien roul&#233; sous le bras et avec le chapeau melon. Croire que ne sont anti-d&#233;mocratiques (anti-&#233;galitaires, anti-humanistes, porteur d'un projet politique autoritaire destructeur des libert&#233;s individuelles et politiques) que ceux qui ne r&#233;ussissent pas &#224; se mettre totalement dans les formes et dans les r&#232;gles de la d&#233;mocratie est pour le moins court en analyse. C'est pourtant ce qui reste apparemment l'ultime indicateur d'identification de l'extr&#234;me droite si l'on en croit une autre carte publi&#233;e : celle des partis extr&#233;mistes en Europe. On apprend avec int&#233;r&#234;t qu'il n'existe pas d'extr&#234;me droite en Angleterre (quelques jours plus tard, le m&#234;me quotidien nous informe que l'ultra droite anglaise a remport&#233; trois municipalit&#233;s), que l'Italie ne compte que 1,9% de droite extr&#234;me (mais enfin &#224; quoi pensent tous ces Italiens quand ils se mobilisent au nom de la lutte contre le fascisme de Berlusconi qui fait passer certes par voix l&#233;gislative ses int&#233;r&#234;ts priv&#233;s avant les int&#233;r&#234;ts d'Etat, qui promulgue toujours par voix l&#233;gislative des d&#233;cisions discriminatoires contre les syndicats et les immigr&#233;s, qui soutient publiquement un fasciste &#224; la mairie de Rome etc ?), qu'en Belgique, on n'en trouve que 9,8% (or quelque temps auparavant on a cru lire des m&#234;mes sources inform&#233;es que le Wlams Block est le parti dominant en Flandres, qu'il tient plusieurs grandes villes dont Anvers, qu'il est en train par alliances interpos&#233;es gr&#226;ce au syst&#232;me f&#233;d&#233;raliste de d&#233;manteler sur une base ethnique le syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale), on pourrait continuer&#8230; Certes Haider, Bossi, Le Pen sont des affreux mais sont-ils bien les seuls de leur esp&#232;ce &#224; &#234;tre anti-d&#233;mocratiques et &#224; d&#233;grader moralement et politiquement la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle ils appartiennent ? C'est le m&#234;me sch&#232;me interpr&#233;tatif, &#224; la fois juridique et moral, qui se focalise sur tout ce qu'il y a de plus formel (les discours, le style, la participation aux &#233;lections) qui &#233;tait &#224; l'&#339;uvre pr&#233;c&#233;demment, avant cette campagne pr&#233;sidentielle d&#233;concertante, pour conclure que le FN s'&#233;tait notabilis&#233; et qu'&#224; ce titre il &#233;tait moins radical et moins violent que du temps de son existence groupusculaire. Mieux valait parler d&#233;sormais &#224; son endroit de &quot;populisme&quot; ou de &quot;national-populisme&quot; et non de fascisme (et ce d'autant plus que jamais, jamais, jamais, on vous l'a d&#233;j&#224; dit, il n'y a eu de fascisme en France).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or &#224; ne regarder que le plus apparent et le plus formel, le jugement l'emporte sur l'analyse et les illusions mal fond&#233;es le disputent &#224; toutes les confusions. Cela revient &#224; donner de la d&#233;mocratie une d&#233;finition strictement normative qui ne tient compte ni de ses modalit&#233;s concr&#232;tes d'existence, ni de l'histoire politique (par exemple, le mouvement nazi a r&#233;ussi par les &#233;lections et les a maintenues quelque temps et que l'on sache cela ne l'a pas rendu moins radical) ni des usages politiques fort diff&#233;rents d'une m&#234;me forme d&#233;mocratique (combien de dictatures se sont par&#233;es et se parent encore des vertus de la d&#233;mocratie ne serait-ce que pour obtenir des financements internationaux ?). L'oubli du politique conduit ainsi &#224; toutes les naturalisations possibles. On l'a vu &#224; propos justement des groupes populaires suppos&#233;s fid&#232;les &#224; Le Pen sur lesquels sont report&#233;es toutes les d&#233;faillances politiques des &quot;responsables&quot; et auxquels sont pr&#234;t&#233;s tous les d&#233;fauts d&#233;mocratiques, des d&#233;fauts de leurs origines sociales sans doute. Inutile de s'attarder encore sur cette lib&#233;ration d'un racisme social &#224; l'encontre des groupes populaires qu'autorise chez les commentateurs l'examen du FN m&#234;me s'il est int&#233;ressant de le relever pour comprendre la distance sociale, objective et subjective, qui les s&#233;pare des groupes les plus vuln&#233;rables et qui pr&#233;side &#224; leurs analyses &quot;savantes&quot;. Pour voir aussi combien elle est la marque de la r&#233;ussite de Le Pen sur leurs esprits puisqu'elle n'exprime que leur inqui&#233;tude morale devant un &quot;peuple&quot; rebelle &#224; leurs pr&#233;visions Le plus important &#224; retenir ici, c'est que pendant qu'ils sont occup&#233;s soit par Jean-Marie Le Pen soit par ses &#233;lecteurs, ils ne s'occupent plus de ses pratiques politiques (modes concrets d'action, alliances plus ou moins avou&#233;es avec des &#233;lus de droite et avec des groupes extr&#233;mistes violents en France ou &#224; l'&#233;tranger, tactiques politiques fond&#233;es sur le double jeu et le double langage) et moins encore des effets que sa pr&#233;sence entra&#238;ne sur le jeu politique, les conduites des autres hommes politiques et sur leurs propres interpr&#233;tations de la d&#233;mocratie et du FN. C'est pourtant tout cela qui explique et se cache sous le &quot;charisme&quot; port&#233; en &#233;tendard par le chef de l'extr&#234;me droite. C'est pourtant &#231;a aussi qui r&#233;v&#232;le que , sous couvert de &quot;notabilisation&quot; et d'acceptation des r&#232;gles du jeu politique, notamment &#233;lectorales, ce parti a conserv&#233; une radicalit&#233; incompatible avec la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annie Collovald&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma&#238;tre de conf&#233;rences en science politique &#224; l'Universit&#233; Paris X-Nanterre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Auteur de Jacques Chirac et le gaullisme. Biographie d'un h&#233;ritier &#224; histoires, Paris, Belin, 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'interpr&#233;tation du FN ou la d&#233;faite de la pens&#233;e, par Annie Collovald (Raisons d'agir)</title>
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		<description>Quel bien &#233;trange scandale a cr&#233;&#233; le succ&#232;s du FN au premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles ! Ce ne sont, en effet, ni la pr&#233;sence ni le maintien dans le jeu politique d'un parti profond&#233;ment anti-d&#233;mocratique m&#234;lant x&#233;nophobie, racisme anti-immigr&#233;s sur fonds du &quot;tout s&#233;curitaire&quot; qui ont suscit&#233; l'indignation collective (puisqu'il est l&#224; depuis les Europ&#233;ennes de 1984), c'est sa perc&#233;e victorieuse dans la comp&#233;tition la plus ferm&#233;e et la plus embl&#233;matique de la d&#233;mocratie version Ve R&#233;publique. Il y (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel bien &#233;trange scandale a cr&#233;&#233; le succ&#232;s du FN au premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles ! Ce ne sont, en effet, ni la pr&#233;sence ni le maintien dans le jeu politique d'un parti profond&#233;ment anti-d&#233;mocratique m&#234;lant x&#233;nophobie, racisme anti-immigr&#233;s sur fonds du &quot;tout s&#233;curitaire&quot; qui ont suscit&#233; l'indignation collective (puisqu'il est l&#224; depuis les Europ&#233;ennes de 1984), c'est sa perc&#233;e victorieuse dans la comp&#233;tition la plus ferm&#233;e et la plus embl&#233;matique de la d&#233;mocratie version Ve R&#233;publique. Il y aurait l&#224; beaucoup &#224; &#233;crire sur la construction d'une perception intellectuelle et politique largement partag&#233;e d'une d&#233;mocratie prot&#233;g&#233;e des risques que fait encourir l'extr&#234;me droite et qui ne se r&#233;sument qu'&#224; ses possibles succ&#232;s &#233;lectoraux nationaux. Dire que les analyses dont a &#233;t&#233; l'objet le FN depuis les ann&#233;es 1990 y ont contribu&#233; est presqu'un euph&#233;misme ; elles ont sans cesse, pour des raisons diff&#233;rentes, &#224; la fois sous-estim&#233; ce parti jusqu'&#224; en annoncer la fin au pr&#233;texte du divorce entre Jean-Marie Le Pen et Bruno M&#233;gret et particip&#233; &#224; brouiller l'identification du ph&#233;nom&#232;ne. S'il faut s'indigner de l'indigence des explications avanc&#233;es de la mont&#233;e d'un &quot;vote Le Pen&quot;, c'est parce qu'elles font gagner deux fois le FN, dans les urnes et dans les interpr&#233;tations, en construisant une r&#233;alit&#233; imaginaire et d&#233;politis&#233;e. A les lire, il n'est d'ailleurs m&#234;me pas certain que le FN n'ait pas gagn&#233; d'abord dans les commentaires avant que de gagner &#233;lectoralement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les usages de cat&#233;gories nouvelles, comme le &quot;populisme&quot; ou le &quot;national-populisme&quot;, import&#233;es des Etats-Unis au prix de changements de signification et largement reprises dans tous les secteurs dominants de l'interpr&#233;tation de la vie politique (journalisme, politologie, histoire du &quot;temps pr&#233;sent&quot;, monde &#233;ditorial jusqu'&#224; certains manuels scolaires) ont profond&#233;ment troubl&#233; les perceptions de la r&#233;alit&#233; sociale et politique du FN, notamment en renversant les perspectives &#224; tenir sur ce parti. Non seulement les adeptes du populisme ont r&#233;fut&#233; toute d&#233;nomination de fascisme mais ils ont ni&#233; toute possibilit&#233; de r&#233;surgence d'un fascisme r&#233;nov&#233; sous d'autres formes que celles qui l'ont historiquement constitu&#233; dans les ann&#233;es 1930. Ce faisant, ils se sont d&#233;sint&#233;ress&#233;s de la seule question qui compte : comment le fonctionnement r&#233;gulier (et non pas critique) de la d&#233;mocratie peut-il engendrer des monstres politiques ? Rendons leur justice, il est vrai qu'ils ne pouvaient pas la poser : la France serait &quot;immunis&#233;e&quot; contre le fascisme et s'il existe bien un courant &quot;national-populiste&quot; qui constitue une menace pour la d&#233;mocratie, ce n'est pas en tant qu'il serait anti-d&#233;mocratique mais &quot;trop d&#233;mocratique&quot; puisqu'il cherche &#224; redonner une place pr&#233;&#233;minente au &quot;peuple&quot;. Qui dit &quot;populisme&quot; dit bien s&#251;r &quot;peuple&quot;, &quot;d&#233;mocratie&quot; et donc &quot;populaire&quot; : l'&#233;tymologie appuie cette &#233;vidence, fausse bien s&#251;r puisqu'elle est silencieuse sur les usages des termes et sur les modes d'existence des r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes auxquelles ils sont cens&#233;s renvoyer. De glissement s&#233;mantique aux glissements de sens, notamment celui que doit prendre l'analyse, les adeptes du populisme sont pris par leur propre mot et l&#226;chent sur la r&#233;alit&#233; sociale et politique du FN au point de lui donner, sans s'en apercevoir, une autre identit&#233; que la sienne (le &quot;populisme&quot; ou le &quot;national-populisme&quot;) bien plus respectable dans le discr&#233;dit que celle de &quot;fasciste&quot; ou &quot;d'extr&#234;me droite&quot; : ce dont les dirigeants du FN leur sauront gr&#233; puisqu'ils revendiqueront pour eux-m&#234;mes et leur parti cette nouvelle qualification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notions confuses et qui portent &#224; toutes les confusions, elles ont conduit leurs auteurs &#224; ne pas focaliser leur attention sur les pratiques politiques du FN (modes concrets d'action, alliances plus ou moins avou&#233;es avec des &#233;lus de droite et avec des groupes extr&#233;mistes violents en France ou &#224; l'&#233;tranger, tactiques politiques fond&#233;es sur le double jeu et le double langage) ; cela leur aurait fait trop s'apercevoir, sans doute, que, contrairement &#224; leur &quot;conclusion&quot;, sous couvert de &quot;notabilisation&quot; et d'acceptation des r&#232;gles du jeu politique, notamment &#233;lectorales, ce parti a conserv&#233; une radicalit&#233; incompatible avec la d&#233;mocratie et que sa persistance en politique oblige &#224; regarder les contributions plus ou moins involontaires des autres hommes politiques (de droite et de gauche) &#224; sa durabilit&#233;. Ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; se pr&#233;occuper soit du discours de Jean-Marie Le Pen (il est charismatique, souvenons-nous et son verbe est magique) cens&#233; r&#233;v&#233;ler les &quot;valeurs&quot; et les &quot;id&#233;es&quot; politiques qui ont &quot;s&#233;duit&quot; sa client&#232;le &#233;lectorale (quelles &#233;taient vos pr&#233;occupations lorsque vous avez vot&#233; ? La s&#233;curit&#233;, l'immigration ?, &#231;a, ce sont des hypoth&#232;ses &#233;bouriffantes qui n'accr&#233;ditent absolument pas les discours du leader FN) soit, comme &#224; chaque victoire &#233;lectorale, de sa base &#233;lectorale populaire (plus suppos&#233;e que r&#233;ellement v&#233;rifi&#233;e puisque tous les commentaires m&#234;mes ceux des politologues autoris&#233;s ne reposent que sur des sondages c'est-&#224;-dire sur des d&#233;clarations de vote et non sur les votes effectivement op&#233;r&#233;s).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;branlement des anticipations et des certitudes a sans doute jou&#233; pour ses interpr&#232;tes lors de la publication des r&#233;sultats du premier tour puisqu'ils avaient tout envisag&#233; (enfin, juste un duel Chirac-Jospin) sauf ce qui est arriv&#233; : mais leur empressement &#224; commenter un ph&#233;nom&#232;ne sur lequel on ne sait toujours presque rien tant on ne dispose que de peu de travaux comportant une r&#233;elle investigation a conjugu&#233; le m&#233;pris des connaissances effectives au m&#233;pris social pour le populaire. Comme plus rien ne tenait dans ce qu'ils s'&#233;taient pr&#233;par&#233;s &#224; dire, ils ont repris ce qui avait fait leur propre actualit&#233; lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1995, le vote populaire. Du coup, &#231;a, c'est pas de chance, ils ne se sont pas aper&#231;us que depuis 7 ans le FN avait quelque peu chang&#233;, ne serait-ce que parce qu'il avait eu le temps de faire travailler localement ses multiples &#233;lus municipaux, cantonaux, r&#233;gionaux (jamais &#233;voqu&#233;s) ou le temps que d'autres, hommes politiques ou m&#233;dias, travaillent &#224; sa place pour fid&#233;liser politiquement un &#233;lectorat (certaines zones du Nord Est et du Sud Est de la France) qui, lui, n'est ni &quot;largu&#233;&quot; ni m&#234;me &quot;populaire&quot; et ne risque pas d'&#234;tre &quot;volatile&quot; ou sensible aux mesures sociales. Mais on ne change pas une explication qui gagne surtout dans les m&#233;dias et surtout quand elle permet de recouvrir un racisme social de commentaires &#233;plor&#233;s sur les m&#233;faits du ch&#244;mage et de la pr&#233;carisation sociale (tiens, au fait, on n' en avait pas entendu parler quand leur extr&#234;me vigilance avait comment&#233; le bilan s&#233;rieux et responsable de Lionel Jospin). D&#232;s lors cela devient plus facile tant le populaire n'est plus vraiment &quot;tendance&quot; en politique depuis l'abandon de tous les espoirs messianiques, intellectuels et politiques, plac&#233;s en lui. Le&quot; vote Le Pen&quot; ne rassemble que des &quot;paum&#233;s&quot;, des &quot;largu&#233;s&quot; et des incultes (ah, l'insistance sur le niveau de dipl&#244;me) ou en d'autres termes tout aussi objectifs dans l'injure des &quot;autoritaires&quot;, des &quot;archa&#239;ques&quot; et des ressentimentaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette lib&#233;ration d'un racisme social &#224; l'&#233;gard des groupes populaires, autoris&#233;e par l'examen du FN, est int&#233;ressante &#224; remarquer. D'abord elle illustre la mani&#232;re de penser, propre &#224; ces commentateurs, qui les incline &#224; reporter sur les plus faibles socialement les d&#233;faillances des hommes politiques consacr&#233;s et &#224; leur pr&#234;ter tous les d&#233;fauts d&#233;mocratiques en ne voyant dans leurs origines sociales que des d&#233;fauts sociaux. Ensuite, elle est la marque m&#234;me de la r&#233;ussite du FN sur leurs esprits puisqu'elle n'exprime que leur inqui&#233;tude morale devant un &quot;peuple&quot; rebelle &#224; leurs pr&#233;visions. Sont mis en &#233;vidence avec clart&#233; leurs propres sch&#232;mes (distants et hautains) de vision du monde social surtout lorsque celui-ci ne se conforme ni aux convenances ni &#224; leurs attentes et n'appartient pas au cercle des acteurs &#233;tablis, s&#233;rieux et responsables. Que les autres oppositions politiques, celles de l'extr&#234;me gauche, n'aient pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es par des jugements o&#249; le n'importe quoi sociologique l'a disput&#233; &#224; l'ignorance des comportements politiques en t&#233;moigne : reportons-nous aux tr&#232;s belles cartes sur les &quot;tribunitiens&quot; oppos&#233;es &#224; celles des partis de gouvernement et qui dessinent, on ne s'y attendait absolument pas, deux France, celle des &quot;archa&#239;ques&quot; et celle des &quot;modernes&quot;. Elles &#233;taient d&#233;j&#224; apparues, souvenons-nous, lors du vote Maastricht et on les retrouve aussi, imperturbables et &#233;pur&#233;es comme &#233;chappant par miracle aux diff&#233;rences de contextes sociaux, historiques et politiques, dans certains travaux d'historiens du &quot;temps pr&#233;sent&quot; publicis&#233;s &#224; la &quot;une&quot; de quotidiens : la France de Dreyfus et la France contre-r&#233;volutionnaire. Tout aussi int&#233;ressante est la magnifique boucle interpr&#233;tative que ces commentaires referment. Elle explique l'incompr&#233;hension pratique de leurs auteurs face &#224; la dynamique de la vie politique : puisque le FN ne rassemble que des &quot;rat&#233;s&quot;, il ne peut lui-m&#234;me que &quot;rater&quot; politiquement et comme il &quot;rate&quot; &#224; chaque fois les &#233;lections, il ne peut que rassembler des &quot;rat&#233;s&quot;. Tout ceci est tr&#232;s s&#233;curisant moralement mais quand il r&#233;ussit l&#224; o&#249; il ne pouvait ni ne devait r&#233;ussir, comment dire ? Cela devient difficile &#224; expliquer surtout que l'on est bien d&#233;sarm&#233;. Une solution : remobiliser les constats pr&#233;c&#233;dents qui, &#233;tablis sur des illusions mal fond&#233;es, n'en avaient pas moins conquis une certaine notori&#233;t&#233; (le &quot;gaucholep&#233;nisme&quot; maintenant le &quot;trostkolep&#233;nisme&quot;) au prix de ne rien comprendre &#224; la situation renouvel&#233;e pr&#233;sente. Aujourd'hui, c'est plut&#244;t la droite que la gauche, qui ne retient plus des &#233;lecteurs radicalis&#233;s &#224; l'extr&#234;me (par exemple 31% des &quot;artisans, commer&#231;ants, chefs d'entreprise ont vot&#233; FN, ils &#233;taient 13% en 1995, une &quot;crise du patronat et petit commerce&quot; sans doute ?).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On parle souvent, &#224; juste titre, de la fermeture du jeu politique sur lui-m&#234;me. Il faudrait &#233;voquer aussi la fermeture des interpr&#233;tations et des interpr&#232;tes sur eux-m&#234;mes qui conduit &#224; des raisonnements tautologiques nourris davantage par des pr&#233;jug&#233;s et ce qu'il convient de dire que par ce que l'analyse autorise &#224; avancer. En fait, pourquoi s'en &#233;tonner ? Tout cela n'est que l'ultime indicateur empirique des collusions anciennes entre droite et gauche gouvernementales et une large fraction de l&quot;intelligentsia&quot; autoris&#233;e toutes r&#233;unies dans une m&#234;me posture d'expertise de la d&#233;mocratie. Quand on voit, cependant, avec quels effets, on se prend &#224; songer que pour sauver la R&#233;publique, c'est d'abord la pens&#233;e politique qu'il faudrait transformer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annie Collovald&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma&#238;tre de conf&#233;rences en science politique &#224; l'Universit&#233; Paris X-Nanterre
Auteur de Jacques Chirac et le gaullisme. Biographie d'un h&#233;ritier &#224; histoires, Paris, Belin, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Retour au portail th&#233;matique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que faire des sondages, par Alain Garrigou</title>
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		<description>Que faire des sondages ? Que faire des sondages ? Alain Garrigou (Raisons d'agir) Les sondeurs fran&#231;ais ont donc obtenu ce qu'ils r&#233;clamaient depuis longtemps : la fin de l'interdiction de publier les sondages dans la semaine pr&#233;c&#233;dent un scrutin. Par un de ces paradoxes dont l'histoire n'est pas avare, cette victoire intervient au moment o&#249; les sondages sont plus erron&#233;s que jamais. Il n'y avait plus grand monde pour d&#233;fendre cette vieille loi du 19 juillet 1977 qui interdisait de publier les (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Site du collectif Raisons d'Agir&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;sociologie,critique,Bourdieu,Garrigou,raison,agir,raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Association Raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;Que faire des sondages ?&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;p ALIGN=&quot;center&quot;&gt;&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;FONT SIZE=5&gt;Que faire des sondages ?&lt;/FONT&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;FONT SIZE=4&gt;Alain Garrigou (Raisons d'agir)&lt;/FONT&gt;&lt;/B&gt;&lt;/p&gt;&lt;BR&gt;&lt;BR&gt; &lt;P&gt;Les sondeurs fran&#231;ais ont donc obtenu ce qu'ils r&#233;clamaient depuis longtemps : la fin de l'interdiction de publier les sondages dans la semaine pr&#233;c&#233;dent un scrutin. Par un de ces paradoxes dont l'histoire n'est pas avare, cette victoire intervient au moment o&#249; les sondages sont plus erron&#233;s que jamais.&lt;BR&gt; Il n'y avait plus grand monde pour d&#233;fendre cette vieille loi du 19 juillet 1977 qui interdisait de publier les sondages dans la semaine pr&#233;c&#233;dant une consultation &#233;lectorale. Les sondeurs l'avaient vou&#233;e aux g&#233;monies d&#232;s le d&#233;part au nom des grands principes - la libert&#233; d'expression - et avec le pr&#233;texte qu'elle ne rendait pas justice aux sondages. On les accusait de plus en plus de faire de mauvaises pr&#233;visions &#233;lectorales, or, assuraient-ils, si les derniers sondages &#233;lectoraux &#233;taient publi&#233;s, on verrait que leurs r&#233;sultats &#233;taient tr&#232;s proches des r&#233;sultats &#233;lectoraux. La disposition qu'ils critiquaient r&#233;sultait pourtant d'un compromis puisque la loi n'interdisait pas de r&#233;aliser des sondages mais seulement de les publier. En somme, elle garantissait aux sondeurs la libert&#233; de vendre. Certes, elle introduisait une in&#233;galit&#233; choquante entre acheteurs de sondages, inform&#233;s sur les intentions de vote dans la derni&#232;re semaine, et les citoyens ordinaires, normalement priv&#233;s de cette information. Des journaux &#233;trangers diffus&#233;s en France publi&#232;rent donc progressivement ces sondages interdits aux m&#233;dias fran&#231;ais. La situation prenait donc une tournure assez grotesque. Face &#224; l'annonce du viol d&#233;lib&#233;r&#233; de la loi, il devenait urgent de la changer. Le gouvernement fran&#231;ais d&#233;posa donc un projet de loi faisant commencer l'interdiction de publier 24 heures avant le jour du scrutin. D&#232;s l'examen du projet par le S&#233;nat, celui-ci limita encore l'interdiction au jour m&#234;me du scrutin.&lt;/P&gt; Apr&#232;s tant de temps, cette victoire devrait combler les sondeurs. Ils n'ont pourtant gu&#232;re manifest&#233; leur satisfaction alors qu'ils sont aujourd'hui de moins en moins assur&#233;s de la valeur de leurs sondages &#233;lectoraux. Quoiqu'ils en aient alors dit, leur fiasco du premier tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1995 a laiss&#233; des traces durables. Les m&#233;saventures de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle am&#233;ricaine de 2000 ont encore renforc&#233; le doute. D&#232;s le d&#233;but de la campagne &#233;lectorale des &#233;lections fran&#231;aises de 2002, la prolif&#233;ration pr&#233;vue des sondages r&#233;v&#233;lait des divergences inqui&#233;tantes. Les clients s'inqui&#232;tent de la fiabilit&#233; des sondages. Un sondeur d&#233;sesp&#232;re en mettant en cause des intentions de vote devenues insaisissables (&quot;il est devenu impossible de faire des estimations fiables trois semaines avant le vote, parce que les &#233;lecteurs changent d'avis jusqu'au dernier moment&quot;, avoue-t-il) tandis qu'un autre accuse le faible &#233;cart entre les candidats. En somme, le premier invoque la &quot;volatilit&#233;&quot; (terme consacr&#233;) du vote et le second la sempiternelle marge d'erreur. L'&#233;tude scientifique a montr&#233; que la volatilit&#233; existait plus dans le cerveau des sondeurs que dans les comportements des &#233;lecteurs. Quant &#224; la marge d'erreur, les sondages n'apportent pas grand chose s'ils ne peuvent voir que les &#233;carts tr&#232;s larges.&lt;/P&gt; Les concessions sont-elles des prudences devant la perspective d'un nouveau fiasco ? Si elles sont d&#233;j&#224; accablantes, elles sont pourtant tr&#232;s en de&#231;&#224; de la r&#233;alit&#233;. Ind&#233;pendamment de ces questions de volatilit&#233; et de marges d'erreur, la qualit&#233; des sondages s'est en effet d&#233;grad&#233;e depuis quelques ann&#233;es. La tendance &#224; diminuer le nombre des sond&#233;s s'est confirm&#233;e. Ainsi publie-t-on aujourd'hui des sondages effectu&#233;s par t&#233;l&#233;phone sur des &#233;chantillons de 400 personnes. Cependant le principale raison de d&#233;gradation de qualit&#233; des sondages r&#233;side dans l'augmentation des refus de r&#233;pondre. Sans atteindre le niveau des Etats Unis o&#249; la proportion des refus de r&#233;pondre se situe entre 60 et 80%, ces refus s'&#233;l&#232;vent aujourd'hui &#224; environ 40% en France. Or on sait qu'ils sont socialement distribu&#233;s et introduisent des biais importants dans les r&#233;sultats. En voici deux exemples r&#233;cemment publi&#233;s par la presse fran&#231;aise.&lt;/P&gt; Un magazine f&#233;minin publiait au printemps 2001 un sondage CSA sur les go&#251;ts sexuels des femmes qui ne manquait ni de sel ni de biais. Singuli&#232;rement libres nos contemporaines et doublement puisqu'elles semblent avoir consid&#233;rablement &#233;largi la gamme de leurs go&#251;ts &#233;rotiques et, en m&#234;me temps, ne pas souffrir d'autocensure pour confesser ces go&#251;ts aux sondeurs. Ici, le biais &#233;tait manifestement dans la s&#233;lection d'une population caract&#233;ris&#233;e par une forte d&#233;sinhibition qui accentue les r&#233;ponses non conformistes. Ce genre de questionnaire pr&#234;te &#224; la multiplication des r&#233;ponses fantaisistes de sond&#233;s qui participent &#224; un jeu et prennent plaisir aussi &#224; mentir. Combien de femmes contact&#233;es ont refus&#233; de r&#233;pondre ? On ne le saura pas d'autant plus que les enqu&#234;teurs n'ont pas d&#251; suivre les voies habituelles de l'appel t&#233;l&#233;phonique al&#233;atoire mais un r&#233;seau en forme de cha&#238;ne. De cette &quot;m&#233;thode&quot;, on ne saura rien non plus. L'affaire n'est point grave puisqu'elle ne sert qu'&#224; satisfaire l'int&#233;r&#234;t pour le sexe.&lt;/P&gt; A l'inverse, l'acceptation de r&#233;pondre peut concerner une population caract&#233;ris&#233;e par le conformisme. Publi&#233; dans un quotidien national, un sondage de la Sofres (effectu&#233; aupr&#232;s de 500 personnes) sur les jeunes de 18-25 ans donnait en octobre 2001 des r&#233;sultats &#233;tonnamment biais&#233;s sans que nul ne s'en inqui&#232;te. Nettement sup&#233;rieur aux estimations g&#233;n&#233;rales, le taux de trois quart des jeunes sond&#233;s d&#233;clarant &#234;tre inscrits sur les listes &#233;lectorales signale imm&#233;diatement combien la probabilit&#233; de r&#233;pondre aux sondages est corr&#233;l&#233;e avec celle d'&#234;tre inscrit sur les listes et d'avoir des opinions tr&#232;s l&#233;gitimes. Ces jeunes pr&#234;ts &#224; s'engager en politique pour lutter contre le racisme (51%), &#224; lutter contre la violence (44%), &#224; protester contre une guerre dans le monde (38%) et si peu nombreux &#224; ne pas d&#233;clarer d'opinion (1%) jouaient-ils le jeu ou &#233;taient-ils vraiment aussi &quot;bien comme il faut&quot; ?&lt;/P&gt; Il n'en va pas diff&#233;remment avec les sondages &#233;lectoraux. Si les populations d'enqu&#234;te sont plus grandes (pour combien de temps ?), les refus de r&#233;pondre sont proportionnellement accrus. On a souvent mis en cause l'absence d'indication du nombre des non-r&#233;ponses dans la publication de ces sondages. Quand plusieurs mois avant les scrutins, ces non-r&#233;ponses atteignent 50%, il ne faut pas s'&#233;tonner que les intentions de vote soient fort &#233;loign&#233;s des votes r&#233;els et, qu'en fait, ces intentions n'aient gu&#232;re de consistance. La volatilit&#233; des intentions de vote est un pauvre argument pour sondeur en mal d'excuses et conforte les doutes sur leur comp&#233;tence scientifique. Comment les acheteurs de sondages peuvent-ils se satisfaire d'une si m&#233;diocre qualit&#233; ?&lt;/P&gt; Tr&#232;s &#233;tonnante est alors l'attitude des journalistes qui volontiers se d&#233;clarent &quot;satisfaits&quot; par les sondages et sondeurs. Il est vrai que les relations de connivence fonctionnent particuli&#232;rement bien dans cet univers o&#249; l'on se fr&#233;quente, s'invite et o&#249; les commentaires journalistiques ne sont g&#233;n&#233;ralement que des r&#233;sum&#233;s descriptifs qui ne font que r&#233;p&#233;ter les chiffres et les commentaires que les entreprises de sondages livrent ensemble. &quot;C'est une information&quot;, assurent certains journalistes pour r&#233;futer les critiques, ajoutant quelquefois, &quot;une information comme une autre&quot; pour en relativiser le poids, en justifier l'emploi et l'achat parmi d'autres informations. Sont-ils devenus indiff&#233;rents &#224; la qualit&#233; de l'information ? On croyait que la vigilance &#233;tait au fondement de ce m&#233;tier et qu'elle consistait &#224; contr&#244;ler la valeur (la v&#233;rit&#233;) des informations. En mati&#232;re de sondages, point d'exigence de cette nature. C'est un grand pas dans le progr&#232;s de l'information-marchandise. Celle-ci n'a plus besoin d'&#234;tre recoup&#233;e, v&#233;rifi&#233;e ni m&#234;me analys&#233;e. Les &#233;ditorialistes plus que les autres sont demeur&#233;s &#233;trangement sourds aux critiques scientifiques. S'ils y sont malgr&#233; tout confront&#233;s, ils reprennent spontan&#233;ment les arguments les plus &#233;cul&#233;s de la d&#233;fense des sondages (une photographie de l'opinion, par exemple), sans avoir jamais retenu et mis en &#339;uvre quelques principes de critique. L'usage ordinaire et aveugle des sondages va de pair avec la crise du commentaire politique.&lt;/P&gt; On pourrait se r&#233;signer et m&#234;me sourire comme on le fait de ces sondages de divertissement dont la presse fait grand usage. Nul ne songerait &#224; s'en pr&#233;valoir pour pr&#233;tendre d&#233;tenir une v&#233;rit&#233; scientifique sur les questions concern&#233;es et encore moins pour imposer des d&#233;cisions. Les sondages politiques sont diff&#233;rents &#224; cet &#233;gard et les sondages &#233;lectoraux particuli&#232;rement puisqu'ils ont des effets sur l'&#233;lection. Longtemps, les sondeurs l'ont d&#233;ni&#233; avec un aveuglement int&#233;ress&#233; et quelque mauvaise foi. Chacun voit aujourd'hui clairement combien ils d&#233;terminent les chances des candidats et tout simplement leur pr&#233;sence m&#234;me dans l'&#233;lection. On n'abusera pas des preuves en faisant simplement remarquer que les sondeurs d&#233;cident partiellement des candidats qu'ils introduisent dans leurs questions (ferm&#233;es) sur les intentions de vote (sans parler des barom&#232;tres divers), que les r&#233;sultats des sondages conduisent les uns et les autres soutiens potentiels (militants et financiers) de ces candidats &#224; s'engager ou au contraire &#224; se rallier &#224; d'autres candidats mieux plac&#233;s (selon les sondages). Ce m&#233;canisme de statu quo avantage consid&#233;rablement les hommes en place ; les nouveaux candidats et les nouvelles id&#233;es sont pr&#233;alablement &#233;limin&#233;s. L'ubiquit&#233; des sondages contribue fortement &#224; cette fermeture du champ politique qui se traduit dans le malaise persistant associ&#233; &#224; l'impression d'avoir toujours affaire aux m&#234;mes dirigeants et aux m&#234;mes banalit&#233;s.&lt;/P&gt; L'obtention des signatures de parrainage pour les candidats, les calculs tactiques qui anticipent les d&#233;sistements du deuxi&#232;me tour et la d&#233;termination m&#234;me des candidats d&#233;pendent donc de sondages de plus en plus d&#233;ficients. En 1994-1995, les sondages pr&#233;&#233;lectoraux avaient &#233;t&#233; utilis&#233;s pour faire triompher une candidature Balladur, annonc&#233;e comme victorieuse, et pour dissuader le candidat Chirac, annonc&#233; comme battu, de se pr&#233;senter. Des tentatives de ce type ont &#233;videmment r&#233;apparu comme celle d'imposer l'id&#233;e du d&#233;collage d'une candidature ou de &quot;constater&quot; l'&#233;chec d'autres, sans laisser vraiment aux candidats le temps d'exposer leurs id&#233;es, &#224; supposer qu'ils en aient. Car plusieurs d&#233;cennies de sondages ont fortement contribu&#233; &#224; cette d&#233;r&#233;liction de la vie d&#233;mocratique dans laquelle les programmes et les d&#233;bats sur les questions politiques ont disparu au profit d'un effrayant vide d'id&#233;es et d'un nom moins effrayant trop plein de tactiques d'&#233;tats majors. Une solution radicale de restauration du d&#233;bat d&#233;mocratique serait l'interdiction d'effectuer des sondages sur les intentions de vote pendant tout la dur&#233;e de la campagne &#233;lectorale. Apr&#232;s tout, celle-ci s'appuierait sur le secret du vote dont nul ne songe &#224; remettre en cause le principe &#233;tabli dans tous les pays d'&#233;lections libres depuis un si&#232;cle environ.&lt;/P&gt; Une autre solution consisterait &#224; prendre acte des d&#233;veloppements de l'intervention des sondages dans les &#233;lections pour que, face aux d&#233;rives observ&#233;es, les citoyens disposent des informations n&#233;cessaires &#224; la participation d&#233;mocratique. Bien entendu, il existe dans la r&#233;forme de la l&#233;gislation de 1977 une sorte de contrepartie demand&#233;e aux sondeurs en l'esp&#232;ce d'une disposition pr&#233;voyant que la fiche technique des sondages serait communiqu&#233;e &#224; la commission des sondages non plus &quot;&#224; l'occasion&quot; de leur parution mais &quot;avant&quot; elle. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les instituts de sondages n'ont gu&#232;re eu &#224; craindre d'une instance de contr&#244;le compos&#233;e de hauts fonctionnaires et de sondeurs. Plus gravement, ce changement est significatif de la conception aristocratique de la comp&#233;tence des auteurs du projet de loi et de ceux qui n'y ont point pr&#234;t&#233; garde, pour eux, tant cela semblait aller de soi. Les citoyens sont-ils donc a priori si incomp&#233;tents qu'ils ne seraient pas capables de lire et de comprendre un sondage ? Et s'ils doivent le faire, parce qu'en bons citoyens, ils doivent s'informer, comment peut-on justifier de continuer &#224; leur donner des informations tronqu&#233;es ? Pour rompre avec cette conception censitaire de la politique, les &#233;lecteurs doivent donc disposer de donn&#233;es aussi indispensables &#224; la compr&#233;hension et &#224; la v&#233;rit&#233; que la proportion de non r&#233;ponses qu'on oublie souvent d'indiquer &#224; moins qu'elle fasse l'objet d'une note minuscule dans un coin de page ou de tableau. Avant toute chose, tous les sondages devraient indiquer la proportion des refus de r&#233;pondre, devenue indispensable avec l'accroissement des refus de r&#233;pondre. Peut-&#234;tre est-il vain d'esp&#233;rer que l'exigence intellectuelle et d&#233;mocratique l'emporte alors que d'autres int&#233;r&#234;ts sont en jeu. Il est probable que les connivences entre sondeurs, journalistes et politiques s'accommoderont parfaitement d'un instrument de connaissance sans valeur.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;B&gt;Alain Garrigou&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; Professeur de science politique &#224; l'Universit&#233; Paris X-Nanterre&lt;BR&gt;Auteur de &lt;I&gt;Histoire sociale du suffrage universel en France : 1848-2000&lt;/I&gt; (Editions du Seuil, 2002)&lt;BR&gt;et &lt;I&gt;Les &#233;lites contre la R&#233;publique : Sciences Po et l'ENA&lt;/I&gt; (Editions de La D&#233;couverte, 2001).&lt;/p&gt; &lt;/body&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La transformation n&#233;o-lib&#233;rale de l'Universit&#233;, par le collectif Ab&#233;lard</title>
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		<description>La transformation n&#233;o-lib&#233;rale de l'Universit&#233; L'universit&#233; fran&#231;aise est &#224; la veille d'une r&#233;gression historique, dont les &#233;tudiants et les enseignants prennent peu &#224; peu conscience. Celle-ci s'&#233;labore sur la base de trois r&#233;formes, soigneusement articul&#233;es entre elles, et inspir&#233;es par la m&#234;me id&#233;ologie. La r&#233;forme dite du LMD (Licence, Master, Doctorat), qui est d&#233;j&#224; entr&#233;e en application dans certaines universit&#233;s (Lyon II par exemple) ; la r&#233;forme dite de &quot;modernisation des universit&#233;s&quot; ; et enfin, celle (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;head&gt; &lt;META NAME=&quot;Description&quot; CONTENT=&quot;Site du collectif Raisons d'Agir&quot;&gt; &lt;META NAME=&quot;Keywords&quot; CONTENT=&quot;sociologie,critique,Abelard,Lebaron,raison,agir,raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;Author&quot; content=&quot;Association Raisons d'agir&quot;&gt; &lt;meta name=&quot;GENERATOR&quot; content=&quot;Webexpert&quot;&gt; &lt;title&gt;La transformation n&#233;o-lib&#233;rale de l'Universit&#233;&lt;/title&gt; &lt;/head&gt; &lt;BODY BACKGROUND=&quot;logofond1.gif&quot; BGCOLOR=&quot;#F0F0F0&quot; TEXT=&quot;#000000&quot; LINK=&quot;#000080&quot; VLINK=&quot;#800080&quot; ALINK=&quot;#FF0000&quot; BGPROPERTIES=FIXED LEFTMARGIN=20 MARGINWIDTH=20&gt; &lt;TABLE WIDTH=&quot;100%&quot;&gt; &lt;/TABLE&gt; &lt;p&gt;L'universit&#233; fran&#231;aise est &#224; la veille d'une r&#233;gression historique, dont les &#233;tudiants et les enseignants prennent peu &#224; peu conscience. Celle-ci s'&#233;labore sur la base de trois r&#233;formes, soigneusement articul&#233;es entre elles, et inspir&#233;es par la m&#234;me id&#233;ologie. La r&#233;forme dite du &lt;B&gt;LMD&lt;/B&gt; (Licence, Master, Doctorat), qui est d&#233;j&#224; entr&#233;e en application dans certaines universit&#233;s (Lyon II par exemple) ; la r&#233;forme dite de &lt;B&gt;&quot;modernisation des universit&#233;s&quot; &lt;/B&gt; ; et enfin, celle qui vise &#224; transformer le &lt;B&gt;statut des personnels&lt;/B&gt; des universit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;L'auto-d&#233;r&#233;gulation de l'universit&#233; fran&#231;aise&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; Dans le discours des &quot; modernisateurs &quot;, la r&#233;forme du LMD vise d'abord &#224; l'harmonisation europ&#233;enne des cursus. En cr&#233;ant de nouveaux dipl&#244;mes &#224; bac + 3 (Licence), bac + 5 (Master) et bac + 8 (Doctorat), il s'agirait de favoriser la circulation des &#233;tudiants entre les diff&#233;rents pays europ&#233;ens. La traduction des formations en termes d'ECTS (&lt;I&gt;European Credit Transfer System&lt;/I&gt;) irait dans le m&#234;me sens. L'id&#233;e de favoriser la mobilit&#233; internationale des &#233;tudiants est attractive, mais son application bute sur la question des moyens envisag&#233;s, tr&#232;s limit&#233;s par rapport aux besoins. Or, aller &#224; l'&#233;tranger co&#251;te cher et demande une certaine ma&#238;trise des langues &#233;trang&#232;res : en r&#233;alit&#233;, seule une minorit&#233; d'&#233;tudiants ais&#233;s peuvent &#234;tre concern&#233;s en l'absence de financement cons&#233;quent. &lt;BR&gt; Derri&#232;re cette fa&#231;ade internationaliste rutilante, il appara&#238;t que le passage au LMD est avant tout une r&#233;forme qui va d&#233;nationaliser les dipl&#244;mes. En effet, jusqu'&#224; pr&#233;sent le minist&#232;re fixait le cadre national de chaque dipl&#244;me ce qui, en th&#233;orie, permettait d'assurer une certaine &#233;galit&#233; entre &#233;tudiants, qui b&#233;n&#233;ficiaient alors d'une formation &#224; peu pr&#232;s comparable quelle que soit l'universit&#233; fr&#233;quent&#233;e. Les dipl&#244;mes &#233;taient donc &#224; &quot;habilitation nationale&quot; et permettaient, par exemple de postuler &#224; tel ou tel niveau de concours de la fonction publique. Or avec le LMD, ce sont chaque universit&#233;, chaque discipline, qui, &lt;I&gt;hors de tout cadrage national&lt;/I&gt;, d&#233;finiront elles-m&#234;mes le contenu de leur &quot;offre de formation&quot; et se retrouveront en comp&#233;tition entre elles. L'objectif du minist&#232;re est d'aboutir &#224; terme &#224; la cr&#233;ation de &quot;p&#244;les d'excellence&quot;, susceptibles de rivaliser avec leurs &#233;quivalents &#224; l'&#233;tranger. Dans ce contexte, la r&#233;sorption des in&#233;galit&#233;s dans l'enseignement sup&#233;rieur devient un concept d&#233;suet. &lt;BR&gt; Cette r&#233;forme d'inspiration &quot;lib&#233;rale&quot;, &#233;tant donn&#233; qu'elle diminue le r&#244;le r&#233;gulateur de l'&#201;tat, est donc le pr&#233;lude &#224; la mise en concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des fili&#232;res, comme des &#233;tablissements, marqu&#233;e par une volont&#233; de r&#233;duction des co&#251;ts. La r&#233;forme du LMD remplit cet objectif en limitant l'offre de formation : les plus petites universit&#233;s et les moins concurrentielles seront &lt;I&gt;de facto&lt;/I&gt; transform&#233;es en &quot; coll&#232;ges universitaires &quot; born&#233;s &#224; la Licence, et ne pourront pas toutes proposer un Master, et encore moins un Doctorat. Ceci se r&#233;percutera tant sur la qualit&#233; de l'enseignement (d&#233;connect&#233; de la recherche), que sur les perspectives acad&#233;miques des &#233;tudiants, d'embl&#233;e plus limit&#233;es. &lt;BR&gt; Avec le LMD, les universit&#233;s &quot;lib&#233;r&#233;es&quot; pourront enfin d&#233;finir leur offre de formation, - cette libert&#233; trouvant vite ses limites dans la faiblesse des moyens disponibles, bien &#233;videmment (tr&#232;s) variables d'une universit&#233; &#224; l'autre -. Les &#233;tudiants ne sont pas en reste, car le minist&#232;re encourage aussi fortement la cr&#233;ation de &quot; parcours de formation &quot; pluridisciplinaires et individualis&#233;s, les &#233;tudiants &quot;libres&quot; devant alors construire eux-m&#234;mes leur propre cursus. On retrouve donc, mais au plan de la p&#233;dagogie cette fois, l'inspiration individualiste et lib&#233;rale de la r&#233;forme. De nouveau, un tel syst&#232;me favorisera d'abord les &#233;tudiants d'origine sociale &#233;lev&#233;e. L'autonomisation et la mise en concurrence accrues des universit&#233;s vont amplifier les &#233;carts entre &#233;tablissements. En raison du d&#233;sengagement de l'&#201;tat, les moyens dont disposeront les coll&#232;ges universitaires (ces universit&#233;s de &quot;seconde zone&quot;) seront &#224; la mesure de leur implication et de leur d&#233;pendance envers leur environnement &#233;conomique et social. La majorit&#233; des premiers cycles des universit&#233;s les moins riches sera r&#233;duite &#224; dispenser un service public minimum utilitariste &#224; des &#233;tudiants peu s&#233;lectionn&#233;s. &lt;BR&gt; Enfin, le passage au LMD s'accompagne de tr&#232;s fortes incitations &#224; la &quot; professionnalisation &quot; des universit&#233;s, toujours &#224; budget constant... Or, d'une part, il n'est pas prouv&#233; que les formations dites professionnelles garantissent mieux l'acc&#232;s &#224; l'emploi que les formations dites g&#233;n&#233;ralistes (les &quot;Grandes &#233;coles&quot;, par exemple, dispensent une formation tr&#232;s g&#233;n&#233;rale). D'autre part, l'expansion d'une &quot;professionnalisation du pauvre&quot; (sans moyens) &#224; l'universit&#233; s'accompagne aussi du d&#233;veloppement d'une conception purement instrumentale et mercantile de la connaissance ; ainsi les universit&#233;s sont de plus en plus incit&#233;es &#224; d&#233;velopper la recherche appliqu&#233;e et &#224; court terme. La r&#233;gionalisation de l'offre de formation influencera &#233;galement le choix des th&#232;mes de recherche, de mani&#232;re &#224; mieux r&#233;pondre aux demandes des acteurs locaux, au d&#233;triment de l'autonomie scientifique des universit&#233;s. &lt;/P&gt; &lt;p&gt;&lt;B&gt;La transformation manag&#233;riale des universit&#233;s et la mise au pas des personnels&lt;/B&gt;&lt;BR&gt; Les &quot;modernisateurs&quot; veulent transformer l'universit&#233; en une petite entreprise susceptible de d&#233;gager des profits. Les activit&#233;s commerciales de l'universit&#233;, d&#233;j&#224; bien d&#233;velopp&#233;es (la formation continue), devraient l'&#234;tre encore davantage, avec l'apparition de l'activit&#233; de &quot;validation des acquis &quot; qui se substituera &#224; la transmission des savoirs, et le renforcement du contr&#244;le par les entreprises et les bureaucraties locales ou nationales. &lt;BR&gt; Pas de petite entreprise sans &lt;I&gt;manager&lt;/I&gt;, aussi les diff&#233;rents projets de loi de &quot;modernisation&quot; accroissent-t-ils le pouvoir d&#233;volu aux pr&#233;sidents d'universit&#233;s, limitant le r&#244;le des divers conseils universitaires &#224; la portion congrue. Cette &quot;pr&#233;sidentialisation&quot; est confort&#233;e par le projet de r&#233;forme des statuts des personnels, dans le sens d'une contractualisation : le pr&#233;sident se transformera en chef du personnel (IATOSS, enseignants-chercheurs), assignant &#224; chacun ses obligations de service au cours de n&#233;gociations &lt;I&gt;individuelles&lt;/I&gt;, dans un contexte de p&#233;nurie de postes. Pour les enseignants-chercheurs, une des cons&#233;quences majeures de l'application du rapport Belloc sera l'augmentation de la charge d'enseignement au d&#233;triment des activit&#233;s de recherche. &lt;BR&gt; &#192; ces tentatives de prise de contr&#244;le marchand, il faut opposer l'exigence d'une d&#233;mocratisation r&#233;elle de l'Universit&#233; : l'acc&#232;s du plus grand nombre aux savoirs qu'elle d&#233;livre ; son ouverture sur le monde (mais qui ne soit pas un ajustement purement marchand du fonctionnement p&#233;dagogique, scientifique, institutionnel de l'universit&#233;) ; la r&#233;affirmation de ses missions de recherche et de construction de savoirs universels. En l'occurrence, la construction d'une Universit&#233; garante de l'autonomie intellectuelle. &lt;/P&gt; &lt;P&gt;&lt;B&gt;Pour en savoir plus...&lt;/B&gt; &lt;BR&gt;L'ouvrage du collectif Ab&#233;lard, &lt;I&gt;Universitas Calamitatum : le livre noir des r&#233;formes universitaires&lt;/I&gt;, est paru en d&#233;cembre 2003 aux &lt;A HREF=&quot;http://www.editionsducroquant.org/&quot; TARGET=&quot;_blank&quot;&gt;&#201;ditions du Croquant&lt;/A&gt; dans la collection Savoir/Agir de l'Association Raisons d'agir.&lt;BR&gt;&lt;B&gt;&lt;I&gt;&lt;A HREF=&quot;http://atheles.org/editionsducroquant/savoiragir/universitascalamitatum/&quot; TARGET=&quot;_blank&quot;&gt;Pr&#233;sentation de l'ouvrage&lt;/A&gt;&lt;/I&gt;&lt;/B&gt;&lt;/P&gt; &lt;/body&gt;&lt;/div&gt;
		
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